En diffusant largement les enjeux du développement durable dans tous les pans de l'économie et de la société, le Grenelle a incité chaque secteur d'activité à se remettre en question. Voici les atouts et les handicaps des principales filières.
Les secteurs ?in?: informatique et bâtiment
Au sommet du green palmarès, le secteur des TIC et des green IT permet de réduire les déplacements de personnes grâce au télétravail, les échanges physiques. Il fournit les solutions pour mesurer et optimiser à distance la consommation énergétique des bâtiments. Pourtant derrière l'écran, le secteur brûle entre 200 et 450milliards de kWh/an et produit 1,2milliard de déchets (1). Pour réduire leur empreinte environnementale, les acteurs des TIC travaillent sur l'écoconception de leurs produits et la mutualisation des ressources techniques à travers le cloud computing (2). En deuxième position se place la filière construction, pourtant désignée comme le principal émetteur de gaz à effet de serre. Avec le Grenelle elle a pris une longueur d'avance. Si la réglementation en vigueur (RT 2005) n'est pas totalement appliquée, les innovations se multiplient et les normes successives sont autant d'obligations que de nouvelles sources d'activités. Lié au bâtiment, l'autre secteur porteur est celui de l'énergie. Malgré le recul du gouvernement sur le photovoltaïque, il est à la fois in pour son potentiel et pour l'objectif de 20% d'énergies renouvelables fixé par l'Europe pour 2020. Mais aussi out, si l'on considère une industrie pétrolière campée sur ses acquis, non renouvelables.
Les secteurs out: agriculture, transport et finance
Les entreprises les plus en retard dans leur engagement environnemental sont celles qui ont jusqu'ici été (trop?) protégées par la réglementation et l'État, ou celles qui, comme le secteur pétrolier et la chimie, se savent indispensables au fonctionnement de notre économie. L'agriculture est ainsi l'un des secteurs les plus à la traîne. Malgré l'objectif de réduction des pesticides, la multitude d'interlocuteurs rend difficile une modification en profondeur des modes de production. Du côté de l'agroalimentaire, comme dans la plupart des autres industries (bois, textile, chimie, métallurgie, etc.), le secteur se contente de respecter la réglementation et de répondre à la demande des consommateurs. Tout aussi rigides, les secteurs du transport et de la logistique sont dans une impasse, car ils dépendent de la ressource en pétrole. Pour parvenir à un changement radical, les spécialistes n'envisagent qu'une intervention franche de l'État dans les infrastructures. L'existence de quelques fonds d'investissement verts ne suffit pas à changer la tendance de la finance qui reste prudente, voire réactionnaire, vis-à-vis du développement durable. À l'échelle de l'entreprise, les experts-comptables ne sont pas encore messagers du concept auprès des chefs d'entreprises. Un autre secteur peine à trouver sa voie, celui de la presse et de l'imprimerie. Véritable poids lourd en termes d'impacts environnementaux pour sa consommation de papier, l'imprimerie a cependant beaucoup progressé dans ses modes de production (ISO 14001, papier certifié, encres écoconçues). (1)Source: Syntec numérique. (2)Utilisation de la mémoire et des capacités de calcul des ordinateurs et des serveurs répartis dans le monde entier, et liés par un réseau, tel Internet.
Certaines PME n'ont pas attendu le Grenelle pour se lancer dans l'innovation ?green?. Les autres vont devoir, tôt ou tard, choisir entre l'évolution rapide ou la rupture.
?In? : le bâtiment et les Green IT tireront leur épingle du jeu. ?Out? : le transport, la finance ou l'imprimerie vont devoir mettre les bouchées doubles.