Les premiers écrans plats s'éteignent et arrivent au stade du recyclage. Pour Vitamine T, à Lesquin, c'est une nouvelle perspective de développement qui s'allume. Sa filiale de valorisation des DEEE reçoit 800tonnes de téléviseurs par mois, soit 35.000écrans. Les écrans plats en représentent 50tonnes, mais il s'en est vendu 130.000tonnes en 2011! «Il y a un gros enjeu», souligne modestement Jean-Yves Doisy, trésorier du pôle de compétitivité Team² et DG adjoint du groupe d'insertion dont la «pépite», Envie2e, porte un quart de son business y contribuant à hauteur de 12millions d'euros contre deux millions il y a à peine cinq ans...
Un investissement de 2M€ pour extraire l'indium
Dans les couches de verre qui constituent ces écrans à la mode se nichent des matières rares. Des cristaux liquides, certes, mais aussi un gramme d'indium. À 500euros le kilo de ce métal précieux, on comprend mieux les enjeux pour la filière et les 40emplois qu'elle porte chez VitamineT! Problème: il faut réussir à extraire l'indium. Quand ses concurrents utilisent le broyage, l'entreprise nordiste mise sur la séparation et le tri qualitatif de haute technicité. Une première machine à deux millions d'euros, nommée Medusa, doit être opérationnelle fin 2013 à Lesquin. Ce robot de séparation en est à la phase du prototype. Pour l'instant, ces écrans de verre sont donc «stockés en vue de leur recyclabilité». VitamineT a déjà un client fortement intéressé et prêt: Eco-Systèmes.
L'intérim et l'auto trinquent Face à la crise, Vitamine T qui trinque aussi à travers ses filiales d'intérim Janus (-15%) et de déconstruction automobile Soluval (de 5.000 à 2.000véhicules et de 21 à 15emplois), trouve donc de nouveaux relais de croissance. C'est aussi un nouveau souffle pour un modèle arrivé à maturité. «Le plus grand plan social de la région, silencieux celui-là, c'est l'intérim!», note d'ailleurs André Dupon, président dont le leitmotiv reste, malgré la tempête, de «combiner innovation technologique et sociale». L'automatisation ne se fait pas au détriment de la main-d'oeuvre. La structure d'insertion vient d'ailleurs d'intégrer ses deux premiers emplois d'avenir.
Un million d'euros en R & D Ces deux dernières années, Vitamine T aura investi un million d'euros en R & D.Les sauts technologiques constituent, avec la maîtrise des gisements et la valorisation des matières, les trois axes de sa recette gagnante. Le groupe d'insertion, où siègent de grands patrons et élus régionaux, s'affranchit d'ailleurs de plus en plus des aides publiques. Elles représentaient encore 30% de ses ressources il y a cinq ans et viennent de tomber à 11%. «Notre profit est social», rappelle André Dupon.
Place aux meubles et matelas!
D'autres développements sont en cours, comme pour les déchets d'activités économiques (DAE) dont les panneaux de particules utilisés dans le mobilier. «Nous nous positionnons sur la filière qui se structure. Eco-mobilier et Valdelia ont lancé des appels d'offres auxquels nous répondons», ne cache pas Jean-Yves Doisy partenaire du Crepim et de l'école des Mines de Douai, mais aussi du fabricant nordiste de meubles Demeyère (dont le P-dg vient de passer la main à son frère) et du leader des drapeaux Doublet. Ensemble, ils ont monté ce projet de recyclage labellisé Team². Réponses attendues en mars.
Potentiel de millions de tonnes
En mai prochain, une éco-contribution doit structurer la filière, comme pour l'électroménager. Et naturellement Vitamine T se positionne. Ce gisement représente 2,5millions de tonnes par an dont 600.000tonnes chez les professionnels. Le Nord - Pas-de-Calais en concentrerait 8%. Le gros problème reste les solvants que ces panneaux renferment. Légitime, VitamineT a déjà une activité de collecte, réparation et vente de mobilier professionnel, avec traçabilité totale. Ce qui intéresse les éco-organismes. Cette activité naissante porte sur 20tonnes par mois. «Nous travaillons aux débouchés», note Jean-Yves Doisy qui a reçu le soutien d'Oseo et du conseil régional à hauteur de 110.000euros.
«Les emplois de demain» Parmi ces DAE, on trouve aussi les matelas. Aujourd'hui encore enfouis en décharge, ils contiennent des éléments valorisables: une enveloppe en textile (coutil), de l'acier (ressorts) et encore du bois (cadre), mais aussi de la mousse polyuréthane dont on ne sait que faire. «Le matelas a une valeur. Notre étude est finalisée et nous avons fait une proposition pour être opérateur d'Eco-mobilier», dévoile Jean-Yves Doisy qui estime à 20emplois potentiels ce marché pour lui. En moyenne, son ratio est de cinq emplois pour 1.000tonnes traitées. «Nous préparons les emplois de demain», conclut André Dupon, patron d'un groupe vitaminé, fier de voir partir à la retraite les premiers des 140salariés de Selnor qu'il a contribué à sauver.
Géry Bertrande
Recyclage Après les déchets électroménagers et cartes électroniques, le groupe VitamineT s'attaque à un nouveau gros gisement: les écrans plats.
À Lesquin, l'entreprise socialement responsable prend la voie de la filière verte avec succès et investit massivement.