Une très belle « prise de guerre ». L'arrivée le 1er avril dernier d'Alexandre Moulin, ex-commissaire régional au redressement productif, témoigne de la volonté de l'Université de Lyon (UDL) et de sa Fondation de se rapprocher du monde des entreprises et de l'industrie. La Fondation pour l'Université de Lyon, sorte de cheville ouvrière de l'UDL, a mis près d'un an pour trouver sa place dans l'écosystème de l'enseignement supérieur. Mais en procédant à ce recrutement stratégique elle propulse l'Université de Lyon (19 universités et grandes écoles de Lyon et Saint-Étienne, plus le CNRS) dans le coeur du réacteur de la vie économique : les entreprises.
Clarifier le discours
« Nous avons en effet besoin des compétences d'Alexandre comme directeur du développement, pour nous aider à clarifier notre discours envers elles », reconnaît Bernard Sinou, directeur général de la Fondation pour l'université de Lyon qui se félicite de l'arrivée de ce bras droit, par ailleurs très apprécié par les dirigeants. De fait, ces deux polytechniciens ne seront sans doute pas de trop pour rapprocher deux mondes.
Méconnaissance mutuelle
« Nous souhaitons que la Fondation devienne un lieu de rencontres où se parlent entrepreneurs, chercheurs, enseignants et étudiants, souligne Alexandre Moulin. Les entreprises sont de plus en plus conscientes qu'elles doivent sortir de leurs réseaux traditionnels investisseurs-fournisseurs-clients-banquier et nouer de nouveaux liens avec le grand public, en particulier les jeunes. La méconnaissance du monde industriel est patente et notre objectif est d'aider à ce rapprochement en faisant en sorte d'être rapides et concrets, afin qu'il y ait un retour sur investissement presque immédiat pour les entreprises qui ne peuvent pas perdre de temps », souligne ce haut fonctionnaire, qui vient de passer sept ans à la Direccte, dont deux à ce poste assez exposé. Et sa nouvelle tâche semble tout aussi acrobatique. Une réunion s'est tenue en mars sur le thème de l'insertion professionnelle des étudiants.
Contribution
Autour de la table : un directeur de la compagnie Axa, le DRH de BioMérieux, un cadre supérieur de Clextral, un dirigeant de Syntec ainsi que des représentants du Grand Lyon et de Saint-Étienne Métropole. Bilan ? « Les acteurs économiques nous ont avoué comprendre assez mal quelles sont les formations universitaires et comment elles peuvent être utiles à l'entreprise », reconnaît Bernard Sinou. De la même manière, du côté des enseignants, il a été admis une certaine réticence à approcher l'entreprise, en reconnaissant aussi que chacun enseigne sans se préoccuper de la manière dont la théorie peut être appliquée dans le milieu professionnel.
Belles réussites
« Les grandes écoles sont déjà au diapason, reconnaît Bernard Sinou, directeur de la Fondation, les universités doivent encore convaincre ».
« Nous sommes déjà dans l'opérationnel », plaide pourtant Khaled Bouabdallah, président de l'Université de Lyon dont la mission est de faire s'entendre et se comprendre ces 19 universités qui, individuellement, n'ont pas la même culture ni les mêmes objectifs et encore moins les mêmes intérêts. Pour convaincre, le Stéphanois liste les belles réussites de Lyon Sciences transfert, parmi lesquels la naissance de Mathym, spécialisée dans l'optique, ou encore le projet Myrica Gale qui a été transféré en 2012 auprès de la société Tribo Technologie. Cette société a signé en 2013 un contrat de coopération technique avec la société Goëmar pour l'utilisation du bioherbicide à base de Myrica Gale.
Une ère nouvelle
Le rapprochement de deux mondes passera par les recherches scientifiques. Ainsi dans le cadre du programme d'investissements d'avenir, 57 M€ vont être consacrés à la toute nouvelle Société d'accélération du transfert de technologies (SATT) Lyon - Saint-Étienne dont les actionnaires sont la Caisse des dépôts, le CNRS et l'Université de Lyon. Spécialisée dans les domaines de la santé, des biotechnologies, de la chimie, du développement durable, des nanotechnologies et des logiciels, elle permettra de valoriser et de diffuser vers les entreprises les résultats issus de la recherche des 11.500 chercheurs de l'UDL. L'incubateur Créalys et Lyon Science Transfert seront réunis au sein de cette structure. « Cette décision, permet de nous projeter dans une ère nouvelle », se réjouit Marc Le Gal, chef de projet de la SATT Lyon-Saint-Étienne. Khaled Bouabdallah prévient néanmoins que « la bonne intégration de cette SATT dans le paysage métropolitain et régional constitue un des deux grands leviers de sa réussite ».
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Formation. Le pôle d'enseignement supérieur de Lyon Saint-Étienne doit convaincre les entreprises qu'il peut leur être utile. L'arrivée d'Alexandre Moulin, ex-commissaire au redressement productif, à la Fondation de l'UDL devrait y contribuer.