Suivre Pierre Jacobs durant une journée, c'est un peu courir un marathon. L'homme a un emploi du temps minuté. Ce n'est pas pour rien que ses proches collaborateurs le qualifient de dirigeant « dynamique », « énergique », « exigeant », « attaché au collectif », « ambitieux... pour le développement d'Orange ». Un « bon communicant » aussi, qui « donne envie et responsabilise ». Cela ne l'empêche pas de prendre le temps qu'il faut avec ses interlocuteurs, internes comme externes. « J'essaye de donner de l'optimisme », sourit l'intéressé.
Un an de recul
Nº1 d'Orange dans l'Ouest, directeur de la grande région (la plus importante après l'Ile-de-France) depuis le 1er janvier 2016, il a pris ses marques, à l'aise dans son costume d'ambassadeur de l'opérateur dont il applique la stratégie mais qu'il participe aussi à écrire. Il est l'un de ses neuf représentants en régions, siégeant au conseil de direction d'Orange France à Paris, où il se rend une fois par semaine. En région, il pilote 13 000 collaborateurs, certes pas tout seul. Responsable des salariés, mais aussi des clients et des infrastructures sur son vaste territoire, Pierre Jacobs s'appuie sur une équipe très organisée. La Bretagne et les Pays-de-la-Loire ont leur propre délégué régional. « Orange compte sur cette région et ses villes où nous sommes souvent le premier employeur local. Un acteur important et durable sur toute la chaîne. »
États-majors
Ce lundi-là, dans son bureau rennais, à deux pas du parc des Gayeulles, il doit faire le point sur l'activité et enchaîne donc les entretiens individuels avec ses proches lieutenants. Chez Orange, on parle d'états-majors. Il s'agit d'un « business review » mensuel. C'est le tour de Virginie Dominguez, 39 ans. Entrée chez Orange en 2003, elle gère le service client soit 700 personnes réparties sur 11 sites dont 300 à Rennes et 200 à Quimper. Le tutoiement est de rigueur. L'échange est cordial, cadré, direct. Dans un jargon maison, le duo évoque un lancement et un challenge commercial du quatrième trimestre, les remontées et alertes des managers de terrain. Le dialogue social représente 15 à 20 % du temps de Virginie Dominguez. Lors de son entretien, les objectifs partagés sont ambitieux. Se posent très vite des questions de choix nationaux que Pierre Jacobs pourra faire remonter et trancher. De la main gauche, il consigne tout dans un petit carnet, de couleur orange ce jour-là.
À l'image du personnage, tiré à quatre épingles et bien coiffé malgré une chevelure imposante, son bureau est sobre, carré, bien rangé. Quelques affiches maison et une carte de France au mur, des livres d'art, d'architecture et de design (sa passion) bien rangés, un ballon de foot rappelant l'engagement de l'opérateur dans la Ligue 1, un mug de la French Tech de Laval, un grand écran et sa box dernier cri bien sûr. On se dit qu'il ne doit pas la regarder souvent la télé ! Et cette phrase de Ben qui le caractérise bien : « Je n'arrive pas à m'arrêter. » Boulimique de travail, il sait tout de même appuyer sur la touche pause, pour aller voir une expo et faire du vélo. « Il faut avoir une ouverture culturelle, de la curiosité. L'entreprise n'apporte pas toutes les richesses. » L'entretien suivant se passe avec Éric André Salon, directeur commercial (1.500 salariés). Sourires complices. Il vient avec une bonne nouvelle et une surprise : les bons chiffres liés aux nouveaux abonnés à la fibre et la vidéo de la prochaine campagne publicitaire pour Noël, en avant-première. Mais l'enjeu porte déjà sur 2017...
Le client au cœur
Le client est au coeur de chaque discussion, comme la proximité. Avec un leitmotiv : « Lui faciliter la vie ! » Il est beaucoup question d'organisation, d'autonomie, d'urgences aussi, de travaux et projets immobiliers, d'évolution des métiers. Mais il est déjà l'heure de filer à Saint-Malo où Pierre Jacobs doit inaugurer le premier Smartstore de Bretagne, en présence du maire et président de l'agglomération, Claude Renoult. Comme souvent, la solution du covoiturage prime. C'est son nouveau directeur de la communication, Alban Martin, qui prend le volant. Il perçoit son boss comme « un accélérateur d'échanges ». Pierre Jacobs écoute et en profite pour traiter ses messages depuis son smartphone et pour se confier : « En tant que managers, nous avons le pouvoir de dire non, mais si nous avons validé des options, il faut avoir les moyens de les tenir. Ce métier nécessite d'aimer », ajoute-t-il prônant la liberté de parole.
Sur le terrain
Arrivé à Saint-Malo, Pierre Jacobs salue ses collaborateurs et partenaires. « Le terrain, j'aime ça ! Il est important d'y être. Il y a aussi des moments qu'il faut fêter... » Tous les deux à trois mois, c'est pour cela qu'il organise un conseil de direction décentralisé, au plus près des équipes. Place à la presse et aux interviews ! Il faut répondre aux questions. Puis, Pierre Jacobs s'éclipse en coulisses pour discuter en tête-à-tête avec Claude Renoult qui souhaitait l'interpeller sur quelques sujets « off ». Ces visites sont toujours l'occasion de glisser quelques attentes et convictions. Le déploiement de la fibre revient souvent dans les discussions. « Il y a une vraie attente. » La journée, commencée tôt, même s'il n'aime pas les rendez-vous à 8 heures le matin, se terminera tard.