« Quand les analyses ADN ont commencé à être utilisées par les forces de police, on voyait les scientifiques débarquer avec une petite mallette », se souvient Clément Joliot, directeur général de Tracip. « Puis la mallette a cédé la place à une camionnette et aujourd'hui, des laboratoires mobiles complets se déplacent pour commencer la recherche de preuves le plus vite possible. Nous avons appliqué le même raisonnement à l'investigation numérique, mais en sautant l'étape de la camionnette. » Dans un coin d'un hangar, on découvre le prototype du « mobil'IT » : a priori, rien ne le distingue d'un camion de livraison standard. Mais à l'intérieur, écrans plats, câbles et matériels informatiques propulsent le visiteur dans un autre univers. « Nous sommes partis d'un constat simple : nous ne faisons pas que de l'expertise en labo, mais aussi du prélèvement de preuves sur le terrain. Et dans ce cas, il devient de plus en plus compliqué de faire face à tous les cas de figure », détaille Clément Joliot. L'idée était donc de disposer de tous les équipements sur le terrain, grâce à un laboratoire mobile. « Dans une enquête, la rapidité fait souvent la différence. Plus nous trouvons d'infos dès le premier jour, plus les enquêteurs ont des chances d'aboutir. »
Devant la concurrence
Véritable condensé du savoir-faire des équipes de Tracip, le mobil'IT a nécessité un an et demi de mise au point : « Nous avons été les premiers au monde à mettre ce concept sur le marché », affirme Clément Joliot. Désormais rejoint par la concurrence, le directeur général de Tracip est certain de conserver une longueur d'avance lui permettant de s'imposer : « Nos concurrents fournissent du matériel. Mais nous sommes aussi utilisateurs, nous connaissons les besoins des enquêteurs. Notre produit est donc plus cohérent ». Les premiers contacts à travers le monde se sont révélés positifs : « Nous avons de très très bons retours... », affirme Clément Joliot. Créée en 1994 par Philippe Joliot sous le nom de PCM Assistance, Tracip s'est d'abord spécialisée dans la récupération de données. La croissance de l'entreprise a suivi le développement de l'informatique dans les entreprises : « En général, les gens ne voudraient pas avoir à faire à nous », s'amuse Aloïs Bour, le responsable de la communication. Mais tous les supports numériques peuvent tomber en panne. Disques durs, mémoire Flash et aujourd'hui SSD, pour Solid State Drive, Tracip suit l'évolution de la technologie pour permettre à ses clients de retrouver des données toujours précieuses. L'entreprise dispose notamment d'une salle blanche, permettant de démonter des disques durs sans les endommager avec des poussières. Au début des années 2000, c'est un juge qui amène un ordinateur à l'entreprise pour essayer de faire parler un disque dur : ce sera un virage pour l'entreprise, qui en quelques années, va devenir le premier laboratoire français spécialisé dans l'investigation numérique.
Faire parler les supports
Concrètement, si les enquêteurs des forces de polices ne parviennent pas à accéder aux données d'un support numérique pouvant constituer un élément de preuve dans une affaire, il y a de grandes chances pour que l'objet arrive à Messein, dans les mains des équipes de Tracip. Avec un objectif : le faire parler. « Tous les supports numériques conservent des données », précise Aloïs Bour. « Du GPS au smartphone, nous pouvons tout expertiser. » Et si le feu et l'eau peuvent rendre la mission délicate, rien ne semble impossible. Dans la salle dédiée à la récupération de données, on se souvient d'un disque dur plié en deux, jeté depuis un hélicoptère par des malfaiteurs : 75 % des données ont pu être retrouvées...
TRACIP
(Messein) Effectif : 20 ingénieurs dans les laboratoires à Messein ; 8 personnes à Levallois-Perret pour le service commercial. CA 2011 : 7 M€ www.pcm-assistance.fr www.tracip.fr