La région Paca est à ce jour le deuxième pôle français de tournage pour les productions nationales et le premier pôle pour les productions étrangères, avec 39% des films étrangers tournés en France. Une place privilégiée, initialement due à son positionnement géographique et à la multiplicité de ses paysages. «Il est vrai que ce sont avant tout les extérieurs qui attirent les productions, confirme-t-on à la Commission régionale du film, organe de coordination des dix bureaux d'accueil de tournage de Paca. Car le territoire bénéficie d'une foule de sites très différents dans un périmètre réduit: la mer, la montagne, la campagne provençale, mais aussi des milieux plus urbains...» Un cadre naturel et un ensoleillement qui attirent entre 500 et 600 tournages chaque année.
Intérieurs ou extérieurs?
Mais au-delà des tournages extérieurs, qui génèrent d'indéniables retombées économiques et touristiques, y'a-t-il réellement une place, dans la région, pour des tournages ?intérieurs?, qui constituent traditionnellement une part importante des projets cinématographiques? Sur le sujet, les avis divergent. À Marseille, les studios de la Belle-de-Mai, qui ont renoué en 2004 avec une tradition cinématographique purement marseillaise (les studios Marcel Pagnol de Saint-Giniez...), sont entièrement occupés depuis cette date par le tournage de la série phare de France 3, ?Plus Belle la vie?. Une production qui a permis de faire émerger - et de sédentariser - une faune de techniciens de haut niveau, ainsi qu'une poignée de producteurs et de sociétés de services spécialisées, mais qui, selon certains professionnels, serait un cas unique en son genre. «Les gens ne viennent pas tourner à Marseille pour les studios, mais pour la lumière extérieure», rappelle Fred Permel, de Tita Productions. «Le succès de la série est une bonne surprise pour Marseille. La tentative menée à Nice avec les ?Cinq soeurs?, qui n'a duré que six mois, montre le caractère exceptionnel de ?Plus belle la vie?», souligne Paul Saadoun, président du Prides Pôle Sud Image. Néanmoins, les besoins en décors intérieurs semblent se faire ressentir, dans la Cité phocéenne, puisque c'est en réponse à cette demande que la municipalité vient tout juste de créer de nouveaux plateaux de 3.000m². «Une véritable bouffée d'air», glisse-t-on à la Commission régionale du film, qui, quotidiennement, propose aux productions d'utiliser et de transformer des appartements, domaines et autres usines désaffectées. Côté niçois, les mythiques studios Riviera (ex-Victorine) tournent... au ralenti. «Les productions ont besoin de plateaux légers. Un simple espace modulaire, propre, sécurisé, doté d'un accès camion suffit dans la plupart des cas à satisfaire les besoins. Les contraintes techniques ont largement évolué », confie Lionel Payet Pigeon, du studio de postproduction Planète rouge, et qui, un temps, a envisagé de proposer un espace de plateaux.
Tout dépend du scénario
«Tout dépend du scénario. Pour un long métrage, le réalisateur ne se contentera pas forcément d'un endroit préaménagé et les arbitrages sont ensuite complexes entre les prix de location et les possibilités des plannings», explique Fred Permel. «Une société de production analyse les coûts et envisage les possibilités et les besoins de plateaux. Beaucoup de paramètres sont pris en compte, allant jusqu'à la disponibilité des acteurs... », commente de son côté Marc Geoffroy, des Studios Riviera. Une situation complexe, qui s'explique par le caractère largement intangible des productions cinématographiques, qui échappent aux règles habituelles du business. Notamment en terme de visibilité. «Pour faire tourner un studio, il faut des économies d'échelle. Cela ne peut réellement fonctionner que pour des longs métrages ou de la série longue, comme ?Plus belle la vie?. Mais ce feuilleton demeure un événement unique et il n'est pas possible de caler un modèle sur ce cas particulier », poursuit Fred Permel, de la société Tita Productions. Reste en revanche de nombreux films dont les scénarios s'inscrivent dans un lieu bien précis, même si le critère de sélection des productions reste avant tout financier. «Il existe en la matière une véritable compétition entre les régions, confirme-t-on à la Commission régionale du film, qui gère un fonds de soutien à l'écriture, au développement et à la production de 3M€ par an. Nous devons offrir les meilleurs décors, les meilleurs techniciens et le plus d'argent possible, afin d'attirer les productions, qui se doivent alors de tourner trois semaines minimum dans la région et de dépenser 150% de leur subvention dans le territoire». Dans la pratique, les films sont souvent coproduits par deux régions, ou plus. Une situation qui conduit finalement certaines productions à privilégier Paca pour ses extérieurs et à tourner leurs intérieursailleurs. Notamment en Ile-de-France.
Alors que le monde entier a actuellement les yeux braqués sur la ville de Cannes, où se déroule le fameux festival international du film, du 12 au 23 mai, qu'en est-il réellement de la production audiovisuelle en Paca ? La région, qui s'affirme comme le deuxième pôle national de tournages après l'Ile-de-France, dispose en effet de deux studios, à Marseille et à Nice, et de nombreux atouts ?extérieurs? qui attirent les productions. Mais derrière l'incroyable succès de la série télévisée ?Plus belle la vie?, quelle réalité recouvre cette ?filière? locale, inscrite dans un business souvent intangible, aux contraintes multiples et au fonctionnement complexe ?
Enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoty