Souriant et décontracté, Thomas Chavane est assurément un homme de contacts et de réseaux. Alors qu'il a choisi de quitter, en décembre dernier, ses fonctions de président de Terre de Commerces, fédération des commerces et services de proximité des Bouches-du-Rhône, l'homme revient avec enthousiasme, dans le décor dépouillé d'un bureau de l'Union pour les entreprises du département, sur son parcours personnel et professionnel, riche en expériences, et jalonné par les choix.
Du Ceram à Intermarché
Thomas Chavane est né en 1960 à Paris, dans le 15e arrondissement. Il a longtemps vécu à Senlis, en Picardie, où il a passé son baccalauréat. «Je n'étais pas particulièrement bon élève», sourit-il. L'homme intègre néanmoins ce qui est devenu aujourd'hui le Ceram, école de commerce et de management à Sophia-Antipolis. Trois années d'études entrecoupées d'une expérience plus exotique : «Dans le cadre de mon service militaire, je suis parti en Nouvelle-Calédonie, où j'ai été instituteur dans la Marine. L'époque était assez compliquée. Les passions s'exacerbaient. J'ai pu voir de près les ravages de la désinformation...» En 1985, son diplôme en poche, il intègre la société parisienne LCLG, agence conseil en communication spécialisée dans les événements sportifs. «Une semaine après mon installation à Paris, je travaillais déjà sur le budget Côte d'Or, qui était alors le sponsor des bateaux de Tabarly. Je me suis régalé pendant trois ans en découvrant un monde qui m'était jusque-là totalement inconnu. Puis j'ai décidé de créer ma propre structure, TC Conseils, sur la même base de métier: prendre le sport comme alibi pour faire des relations publiques et de la motivation de réseaux de vente. Du sponsoring poussé jusqu'au bout...» La petite société dispose alors d'un portefeuille clients qualitatif (Groupe Perrier, Mutuelles duMans, Chronopost, Groupe Nestlé...). Mais, au moment de la Guerre du Golfe, Thomas Chavane sent le vent tourner. «Les contrôleurs de gestion reprenaient la main. La communication, jugée non essentielle, était remise en cause. Parallèlement à ces interrogations, nous souhaitions, avec mon épouse, aller vivre en Province. À l'époque, nous gagnions très bien notre vie, et nos amis nous ont pris pour des fous. Pourtant, quand l'opportunité Intermarché s'est présentée, nous avons sauté le pas...»
De Bois & Chiffons à Terre de Commerces
Ainsi, alors qu'il est toujours officiellement à la tête de sa société parisienne, l'homme intègre avec son épouse le cycle de formation interne destiné à faire d'eux des gérants de grande surface. «Toutes les trois semaines, nous changions de magasin, un jour charcutiers, un jour poissonniers... Ma plus grande crainte, à l'époque, était de voir débarquer dans mon rayon les clients de la société dont j'étais encore, sur le papier, le dirigeant...» Sa formation achevée, à défaut de s'installer, comme il le souhaitait, à Aix-en-Provence, il dirigera pendant cinq ans un Intermarché à Apprieu, au nord de Grenoble, dans l'Isère. «Puis j'ai appris que mon concurrent direct, implanté de l'autre côté de la rue, devait s'agrandir. J'ai analysé le marché, et décidé de revendre le magasin à Intermarché. Bien m'en a pris, car l'établissement a perdu 30millions de francs l'année suivante...» Le commerçant décide ensuite de s'installer à Aix-en-Provence, où se présente alors l'opportunité d'obtenir l'exclusivité de l'ouverture de magasins Bois & Chiffons dans les Bouches-du-Rhône. Entre1999 et2002, il en ouvrira trois, dont deux à Plan-de-Campagne. «En m'implantant dans cette zone, je n'ai pu que m'engager dans les combats aux côtés des commerçants». Une lutte qui l'a amené à accepter un mandat à la CCI Marseille-Provence, puis à prendre la tête de Terre de Commerces, jusqu'à sa démission en décembre dernier.
Fervent militant du renouveau du commerce de proximité, Thomas Chavane a démissionné en décembre dernier de la présidence de Terre de Commerces, qu'il occupait depuis 2004. De Paris à la Nouvelle-Calédonie, de l'Isère à Aix-en-Provence, retour sur le parcours mouvementé de cet amoureux du petit commerce.