1 - La promesse de Calmels
Didier Calmels a toujours dit qu'il n'avait pas vocation à rester indéfiniment à la tête du groupe Doux. Dirigeant la holding D & P, qui gère plus de 200 millions d'euros d'actifs, l'homme d'affaires a pris le contrôle du groupe volailler finistérien en 2013. L'entreprise familiale est alors en pleine crise. Deux ans plus tard, le groupe volailler va mieux. Il a réduit sa dette, de 430 à 89 millions d'euros, étalés sur dix ans. Il redevient bénéficiaire. Au prix de lourds sacrifices, à commencer par la suppression d'un millier d'emplois. En 2014, Doux a réalisé 457 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 2.200 salariés. Ce sont les 52,5 % de D & P que Terrena, alliée pour l'occasion au groupe financier Avril (ex Sofiprotéol), veut reprendre. Le groupe ne prévoit pas de racheter les 25 % du groupe saoudien Almunajem, l'un des principaux clients de l'entreprise finistérienne. Ni les 22,5 % toujours détenus par la famille Doux.
2 - La course à la taille de Terrena
Avec ses 12.700 salariés et ses 4,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, la coopérative agroalimentaire est l'une des plus grandes entreprises de l'Ouest. C'est une entreprise extrêmement diversifiée, présente aussi bien dans la volaille, que dans les céréales, le boeuf, le vin ou les légumes. L'un des grands enjeux de l'entreprise d'Ancenis est de donner une taille suffisante à chacune de ses filiales de transformation. Pour les dirigeants de la coopérative, il s'agit ainsi de sécuriser les débouchés des 22.000 agriculteurs actionnaires. Cette stratégie explique les projets d'alliance capitalistique avec le groupe irlandais Dawn Meats, qui devrait prendre le contrôle d'Elivia, une filiale de Terrena, nº2 français de la transformation de la viande bovine. Cette même stratégie amène aujourd'hui les dirigeants de Terrena à chercher à racheter Doux. Gastronome, numéro deux français de la volaille (3.966 salariés, 876 millions d'euros), « n'est pas à la taille européenne », confie ainsi la direction du groupe d'Ancenis, qui a montré plusieurs fois ces dernières années des signes d'intérêt pour le groupe finistérien. Le nouvel ensemble n'affecterait toutefois pas la suprématie du groupe sarthois LDC (3 milliards d'euros de chiffre d'affaires). Cette course à la taille ne se fait pas à n'importe quel prix non plus. Terrena cherche en effet aussi à améliorer sa rentabilité (0,73 % de résultat opérationnel). C'est pour cela que le groupe vient de céder à Casino, une usine de Gastronome de 160 salariés située dans la Sarthe.
3- La fragilité du poulet français
Ces dernières années, le poulet tricolore bat de l'aile. La crise a failli emporter les groupes bretons Doux et Tilly Sabco. Elle n'a pas non plus épargné, dans une moindre mesure, Gastronome. Les comptes de la filiale de Terrena ont ainsi longtemps été dans le rouge. En 2013, Gastronome essuie neuf millions d'euros de pertes, avant de redevenir bénéficiaire en 2014. « Depuis trente ans, la France est le premier producteur mondial de poulet. Il y a de grandes chances que la Pologne prenne le relais cette année », explique Christophe Courroussé, directeur de la communication de Terrena.
4- L'alliance des marques
Si elle achète Doux, Terrena fera main basse sur une marque reconnue : Père Dodu, qui pèse un peu moins de cent millions d'euros de chiffre d'affaires. De quoi conforter le portefeuille de marques de Gastronome, notamment constitué de Douce France en grande distribution, et de Gastronome Professionnels, en restauration.
5 - Un passeport pour l'étranger
En termes de marché, Terrena et Doux ne se marchent pas sur les pieds. Comme le groupe Terrena, Gastronome ne vend quasiment rien à l'international. Avec Doux, la coopérative d'Ancenis se dote donc d'un passeport pour exporter. Le groupe breton commercialise en effet l'essentiel de son activité (390 millions d'euros sur 457). Notamment sous forme de poulets congelés au Moyen- Orient. Il s'agit du premier exportateur européen de volaille et du troisième mondial.
6 - Des usines modernisées
Doux et Gastronome sont à la tête d'une vingtaine d'usines, que les deux entreprises modernisent actuellement. Doux a ainsi investi 25 millions d'euros depuis deux ans dans son outil productif, et ses dirigeants projettent encore d'injecter 100 millions dans les dix prochaines années. Du côté de Terrena, presque toutes les 14 usines de Gastronome vont bénéficier d'un investissement de 80 millions d'euros, qui vise à améliorer la performance des sites.
Terrena entre en négociations exclusives avec l'homme d'affaires Didier Calmels pour prendre le contrôle du groupe Doux. Pourquoi le nº2 français de la volaille veut-il reprendre le nº 3 ?