Terra Lorraine : «Une fusée à plusieurs étages»
# Conjoncture

Terra Lorraine : «Une fusée à plusieurs étages»

Bruno Welsch, directeur général de Terra Lorraine, a lui-même été étonné par «l'engouement» suscité par le projet de complexe commercial sino-européen sur la mégazone d'Illange. «Nous allons très vite enclencher la phase suivante»

Comment s'est passée la prise de contact avec les investisseurs? C'était en mars2010, je descendais dans le Sud pour le week-end. Dans le train, j'ai entamé la conversation avec mon voisin. Il m'a expliqué qu'il faisait du montage financier pour des investisseurs. Il m'a parlé d'un projet en m'expliquant le concept et les difficultés à trouver du foncier. Je venais d'arriver à la SEBL. J'ai rebondi sur ce qu'il me disait et lui ai répondu que j'avais peut-être des solutions. Je lui ai présenté les potentialités de la région, sa centralité, la multimodalité... Quelques minutes plus tard, dans le taxi, un des promoteurs m'appelait. La semaine suivante, nouveau coup de fil, pour me présenter le projet plus en détail et me demander de proposer plusieurs sites. Plus on avançait, plus on focalisait sur Illange. En mai2010, a eu lieu la première rencontre, avec la signature d'un accord de confidentialité. Depuis 2 ans, je travaille dans l'ombre. Pendant longtemps, aucun politique n'était au courant.


Pourquoi le choix de la mégazone d'Illange?

Les terrains sont gelés depuis 10ans. Ça aurait pu durer encore 10 ans. Aujourd'hui, on a le permis de construire. On travaille à la mise en place et à la construction de la phase 0 du projet qui en compte 5. C'est une fusée à plusieurs étages.


Pouvez-vous nous décrire le concept?

Dans cette première phase, le projet porte sur 237.000m², dont 20.000m² dédiés à l'événementiel. Il y aura 40 événements par an. Il y aura aussi 20.000m² de bureaux en open space et 2.000surfaces d'exposition. Le site ne sera ouvert qu'aux professionnels. Il a fallu déterminer une première phase de lancement de l'opération, avec 2.000 entreprises. On a déjà des réservations pour le double. Très vite, on va enclencher la phase suivante.


Comment fonctionnera le site?

Les entreprises viendront présenter leurs produits. Ils seront locataires. Terra Lorraine va leur offrir des services d'organisation et de logistique. L'objectif est de faire du B to B.Le pôle logistique va servir à faire venir les produits de Chine et à les dispatcher en Europe. On va passer de 0 à 500containers/jour. C'est une vraie perspective de développement du port d'Illange. Cela induit encore des emplois.


Quel est l'objectif du projet?

L'objectif premier est de mettre les gens en relation. Notre cible, c'est la PME. La PME lorraine n'est pas structurée pour affronter le grand marché chinois. Elle pourra vendre en Chine sans trader, ni intermédiaire. Inversement, les PME chinoises n'ont pas accès au marché européen. Jusqu'à maintenant, les PME ne sont jamais entrées en relation avec les revendeurs ou les consommateurs. Les PME chinoises produisent et ont besoin d'exporter, mais elles manquent d'accompagnement et n'ont pas les appuis financiers des grandes sociétés.


Les entreprises européennes vont donc aussi y trouver leur compte?

Oui, on observe que la classe moyenne chinoise augmente sa possibilité de consommer de 15% par an. Ce sont des gens qui ont soif de produits européens. On a déjà eu une multitude de demandes d'entreprises européennes, mais rien de concret pour le moment. On ne s'attendait pas à un tel engouement. De même, nous ne sommes pas focalisés uniquement sur la Chine. On peut voir arriver des entreprises d'autres pays émergents.


Quel est le calendrier?

Le premier coup de pioche est prévu à l'automne. La livraison du premier bâtiment interviendra fin 2014 pour une mise en exploitation courant 2015. La deuxième phase sera lancée dans la foulée, en 2015.


Comprenez-vous les réticences qui se sont exprimées?

Si on reproduisait toujours l'existant, on n'avancerait pas beaucoup... Un tel projet n'existe pas. C'est toute son originalité. C'est une innovation qui répond à un besoin. Les financeurs et promoteurs qui travaillent à l'international ont détecté ce besoin et inventé le concept.


Qui sont ces investisseurs prêts à mettre 150M€ sur la phase 0 sans attendre d'argent public?

Je ne vous répondrai pas précisément. Disons que ce sont des investisseurs européens qui ont le temps, qui n'attendent pas un retour sur investissement immédiat. La première tranche, par exemple, c'est du risque à 100%. La rentabilité viendra ensuite.


D'ores et déjà, c'est une bonne nouvelle pour le BTP.

C'est le premier impact positif. Cela représente du travail pour 200 hommes/jour pendant deux ans pour la première tranche. Sur l'ensemble du projet, il y en a pour 10 ans de chantier. Nous allons privilégier les entreprises locales et travailler en lots séparés.


N'est-ce pas un pari de trouver 3.000 personnes à employer?

C'est le vrai défi, trouver les personnes pour travailler. Des gens qui devront maîtriser les grandes langues européennes et correspondre aux attentes des entreprises chinoises. Je sais que le président Masseret a donné un engagement oral au président Weiten, mais pour l'instant nous attendons toujours du concret. Il y a urgence, car les lycéens de la rentrée prochaine seront tout juste prêts pour le lancement.

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