En 2012, vous avez repris Ferronnerie de l'Ondaine à Alain Poirot (dirigeant également de Sodam) et vous avez mis au point ensemble une offre complémentaire autour de la serrurerie et de la fermeture périphérique des bâtiments. À l'époque, l'entreprise réalisait un chiffre d'affaires de 476.000 euros (RN de 200 euros) avec 9 salariés. En 2015, l'entreprise a enregistré un CA de 910.000€ avec un résultat net de 2.000€. Pourtant, le 13 avril dernier, le Tribunal de commerce a décidé la liquidation judiciaire immédiate...
« Nous en avons beaucoup parlé avec mon expert-comptable, c'était la seule solution. Nous n'avions plus de trésorerie. Nous avions facturé seulement 35.000€ en février, c'est-à dire la moitié de nos pires mois. En enlevant 25.000€ de masse salariale, 5.000€ de prêt et 4.000€ de loyer..., il ne restait plus rien. Il aurait fallu réinjecter 100.000 euros au 15 avril, mettre ma maison en gage pour garantir un prêt bancaire... Fin mars j'ai dit stop ! Et pourtant, j'avais six à huit mois de carnet de commandes devant moi ! Au Tribunal de commerce, les juges ont un peu insisté pour savoir s'il n'y avait pas d'autre solution mais j'ai préféré tout stopper, j'étais épuisé et sans porte de sortie. Peut-être que j'aurais pu durer un ou deux mois de plus mais j'aurais emmené des fournisseurs dans cette galère »
Que s'est-il passé pour en arriver à cette extrémité ?
« Pendant trois ans, le chiffre d'affaires a bien progressé. Tout allait bien. Et puis, à partir de 2015, les galères se sont enchaînées. J'ai dû faire face, par concours de circonstances, à plusieurs arrêts de travail : un salarié s'est blessé sur un chantier, un autre a eu un problème de santé, un autre a eu un enfant etc. J'ai dû jongler avec les intérimaires et les CDD, certains ne revenaient pas, sans prévenir. Le manque de formation des suppléants a généré de la non-qualité. Et puis, nous étions trop sous pression, nous faisions des erreurs. Ce qui a engendré pas mal de frais. Sans compter les pénalités pour chantiers arrêtés faute de personnel.»
Comment vivez-vous la fin de cette aventure entrepreunariale ?
« C'est difficile à encaisser, c'est très violent. Pendant plusieurs mois, j'ai dû subir la colère des clients, la colère des fournisseurs non payés. Je me suis beaucoup investi pendant quatre ans, pour finalement échouer. Du jour au lendemain, tout s'arrête. Compliqué de revenir du Tribunal pour annoncer à ses salariés que tout est terminé ! Difficile de rentrer à la maison pour dire à sa femme que le temps passé dans cette entreprise n'a servi à rien, que je n'ai plus de revenus... Maintenant que ce tourbillon s'est arrêté, je réfléchis et je me remets en cause. J'ai probablement péché dans ma gestion du personnel. Face à ces problématiques RH, j'aurais dû réagir et peut-être passer des accords avec des partenaires. Mais j'ai été pris dans une course effrénée qui me laissait juste le temps d'éteindre le feu, pas de voir plus loin.»
Aujourd'hui, comment voyez-vous l'avenir ?
« Je suis un homme optimiste, je sais rebondir. J'ai encore au moins huit ans de vie professionnelle devant moi, je cherche un nouveau challenge. J'ai été très longtemps salarié, je n'ai aucun problème à retrouver ce statut. J'ai très envie de retrouver le dynamisme d'un développement commercial, quel que soit le secteur.»