Témoignage d'entrepreneur : "Le jour où ma TPE a perdu 50 % de son CA"
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Témoignage d'entrepreneur : "Le jour où ma TPE a perdu 50 % de son CA"

En 2014, la biotech toulousaine Physiogenex a perdu la moitié de son marché. Restructuration, diversification : comment son directeur général, Thierry Sulpice, a-t-il redressé la barre ?

« C'était une chute vertigineuse car tout est arrivé d'un seul coup. Physiogenex, qui vend des contrats de recherche auprès de groupes pharmaceutiques et qui réalise de la R&D en interne, connaissait une croissance de 60 à 80 % par an depuis 2009. En 2013, notre chiffre d'affaires s'élevait à environ 2,2 millions d'euros. Mais en 2014, nous avons perdu 50 % de notre chiffre d'affaires : nous étions positionnés sur la dyslipidémie (molécules pour accroître le bon cholestérol), une stratégie menée par la plupart des grands groupes internationaux. Mais suite à de mauvais résultats, ce marché s'est retourné d'un coup. A cela s'ajoutait la crise mondiale qui a touché les grands groupes pharmaceutiques, qui se sont restructurés et ont gelé les budgets. En tant que PME, très dépendante du marché mondial, nous ne pouvions pas anticiper ces mouvements. Nous avons alors mené plusieurs actions pour redresser la barre. »

Restructurations
« Il a d'abord fallu restructurer la société : nous sommes passés de vingt à douze salariés, en gardant les forces scientifiques. Nous avons commencé à externaliser les fonctions support, en passant par des groupements d'employeurs, comme Compétences Plus. L'année de cette crise, nous menions en parallèle des travaux de R&D, dont les résultats ne sont arrivés qu'en fin 2014 : cela nous garantit une bonne année 2015, avec le retour de la rentabilité. Mais nous avons perdu, en 2014, quelque 350.000 euros.

Notre stratégie aujourd'hui est de développer des relais de croissance. Physiogenex étant spécialisée dans les maladies métaboliques (diabète, obésité), nous nous concentrons sur les complications hépatiques de ces maladies. Il n'existe pas de médicaments efficaces sur ces maladies du foie. Or, d'ici cinq à dix ans, 30 % de la population nord-américaine sera touchée. Le marché est donc énorme : on a au moins dix ans de croissance devant nous. Nous avons réussi à développer des modèles animaux et des technologies d'investigation (comme l'imagerie), grâce auxquels nous pouvons tester de nouvelles molécules. En 2015, ce marché constitue 70% de nos nouveaux contrats ! Les maladies rénales sont un second relais de croissance. Notre R&D est en cours. Les premiers résultats arriveront mi-2016, date à laquelle nous pourrons aller sur le marché. Il sera inférieur au marché du foie mais très important pour nous car cela va nous diversifier. »

Compléments alimentaires
« Nous avons également décidé, en 2015, de nous attaquer aux aliments santé, les compléments alimentaires, marché en forte croissance. Je travaille depuis peu avec une commerciale qui démarche des sociétés agroalimentaires, pouvant avoir besoin de notre expertise scientifique. Nous avons d'ailleurs signé un accord exclusif de partenariat avec la start-up Vaïomer, située comme nous dans la pépinière Prologue Biotech, spécialisée dans les macrobiotes intestinales. L'objectif est d'allier nos expertises sur ce segment. Les premiers impacts sur notre chiffre d'affaires sont attendus en 2016.

À l'export, où nous réalisons 90 % de notre CA, nous avons commencé à nouer des accords de collaboration avec des sociétés de biomédical au Japon et en Corée, qui font le relais. L'Asie est un marché en essor, nous ciblons aussi la Russie qui investit beaucoupp en ce moment dans les biotechnologies. Le pire est-il derrière nous ? Assurément. Nous avons eu des moments d'angoisse. Et puis il est toujours très difficile dans une petite structure de licencier, cela impacte le moral des salariés. Il a fallu remotiver les troupes. Mais aujourd'hui nous avons une équipe resserrée, soudée et très performante. En 2016, nous allons probablement recruter des profils scientifiques pour poursuivre nos développements. Je suis confiant et optimiste sur les années à venir. »

Physiogenex
(Labège)
Directeur général : Thierry Sulpice
12 salariés
CA 2014 : 1,1 M€ (2,2 M€ en 2013)
www.physiogenex.com

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