Vous venez de reprendre Brunon Menuiserie à la barre du Tribunal de commerce. Une entreprise que vous aviez cédée en 2013... Pourquoi avoir entrepris cette démarche ?
L'entreprise a été placée en redressement judiciaire en septembre 2015. Lorsque j'ai appris cette situation, j'ai contacté des repreneurs potentiels mais je n'ai pas eu d'échos. J'ai estimé que j'avais une responsabilité dans cette affaire. Certes, je n'étais pas responsable des mauvais choix faits par le repreneur, mais j'étais responsable du choix du repreneur. J'avais eu plusieurs propositions car l'affaire se portait bien à l'époque, et j'avais retenu la mauvaise. Il faut savoir assumer ses erreurs et essayer de les réparer. J'ai droit à une seconde chance ! Je vais essayer de ne pas la gaspiller.
L'heure de la retraite n'avait pas encore sonné en 2013. Pourquoi avoir décidé de vendre Brunon Menuiserie, moins de dix ans après votre arrivée ?
Jusqu'en 2011, tout allait formidablement bien. Nous sommes montés jusqu'à 4 millions d'euros de chiffre d'affaires avec une trentaine de salariés. Et puis, en 2011 et 2012, se sont succédé deux événements qui m'ont affecté profondément. Fin 2011, j'ai eu un accident en vélo alors que j'allais voir un client.
J'ai dû gérer l'entreprise depuis mon lit pendant quatre mois. J'ai mesuré que trop de choses ne dépendaient que de moi. À mon retour, j'ai décidé de ne plus m'impliquer à 100 %. J'ai commencé à réfléchir à une LBO pour une entrée au capital de certains salariés. Sur ces entre-faits, un de mes salariés s'est tué au volant d'une de nos camionnettes en rentrant d'un chantier. Un chantier qui aurait dû être terminé depuis longtemps s'il n'y avait eu un enchaînement d'erreurs. Je me suis senti responsable. J'ai alors éprouvé une intense lassitude, une démotivation profonde.
Cela m'a renforcé dans mon intention de me retirer. Mais sans confier le capital aux salariés car je ne voulais pas avoir à gérer une entente plus ou moins cordiale entre eux. J'ai donc fait le choix de vendre à l'extérieur. Je suis parti et j'ai rapidement repris une toute petite entreprise d'Andrézieux-Bouthéon, Thermo concept Forezien. Malheureusement, le repreneur n'a pas mesuré l'implication personnelle que demandait la gestion d'une entreprise de cette taille. Très vite, les difficultés commerciales et les problèmes de management ont fait leur apparition.
Vous avez vendu parce que vous étiez démotivé. Ce sentiment de lassitude a donc disparu ?
Parfois, face à ses responsabilités, il faut savoir mettre de côté ses états d'âme. Et puis, aujourd'hui, je reviens dans un état d'esprit complètement différent. Je suis majoritaire mais cette reprise a été faite avec mes deux neveux de 31 et 26 ans. Je ne serai plus dans l'opérationnel. Je me suis engagé à rester trois ans à la direction de l'entreprise puis je leur ai cédé 25 % des parts, le reste dans les 5 à 10 ans.
Je suis revenu de bon coeur, soulagé d'avoir trouvé une solution pérenne avec mes neveux. Aujourd'hui, je ne fonctionne plus du tout comme avant. Car avoir mes neveux avec moi m'oblige à avoir des débats. C'est plus long mais beaucoup plus positif comme processus.
Quelle est votre stratégie pour remettre l'entreprise sur les rails ?
Nous devons rassurer les clients, réinscrire l'entreprise dans une logique de qualité et de service. J'ai passé un mois, depuis la reprise, à parler avec les clients, avec les salariés. À remettre des règles de bon sens, des règles de fonctionnement afin d'assurer une organisation optimale. En 2016, nous devrions atteindre 2 M€ de chiffre d'affaires puis, à partir de 2018, enregistrer 10 à 20 % de croissance annuelle pour revenir aux 4 M€ que nous avions avant la cession.
(Saint-Étienne) Dirigeant : Bruno Maurin 17 salariés CA 2015 : 3 M€ 04 77 32 28 44