Révoqués de leurs mandats sociaux, Pascal Legros et Thierry Legeay, respectivement ancien P-dg et directeur général de Sogal, ont déposé plainte pour violences volontaires aggravées avec préméditation contre plusieurs dirigeants de Qualium Investissement. La société de gestion spécialisée dans le private equity, c'est-à-dire dans les sociétés non cotées, appartient à la Caisse des dépôts et consignations, filiale de l'État. Depuis 2010, elle possède 67% des parts de l'entreprise de La Jumellière.
«Des données financières manipulées»
Cette plainte, c'est le dernier épisode d'un feuilleton commencé début mai. Dans lequel les deux anciens dirigeants ont été débarqués le 10mai, confirmé le 12 par courrier. Les motifs? Des fautes de gestion ayant entraîné une baisse de résultats non prévus, des investissements dépassés de 2millions d'euros dans le nouveau siège social de La Jumellière et des erreurs dans la présentation du chiffre d'affaires. Le directeur général de Qualium, Marc Auberger, renchérit et précise: «Les données financières qui nous étaient présentées étaient inexactes et manipulées. On nous a tout d'abord dit 18M€ EBITDA (revenus avant impôts), puis 20M€ puis 17 puis 16,1M€ à mi-avril. Résultat, aujourd'hui on serait descendu à date à 15,1M€. On est très attaché à l'exigence de la gouvernance, à la transparence. Les dirigeants le savaient. Ils n'ont pas respecténos critères.» La confiance perdue, la séparation semblait inévitable. De leur côté, Pascal Legros, ancien de CIC-Finance, groupe bancaire qui était avant 2008 actionnaire de Sogal, et Thierry Legeay rejettent ces motifs, dénoncent la méthode et trouvent la sanction disproportionnée.
«Opérations commando»
Dans la plainte déposée auprès du Procureur de la République d'Angers, sont dénoncées «deux opérations commandos sciemment planifiées» s'étant déroulées le 10mai avec pour conclusion la révocation et la mise à la porte sans préavis des deux intéressés. La première aurait eu lieu à Paris. Selon le document de 12 pages déposé au tribunal, et que nous avons pu consulter, un conseil de surveillance de Sogal a été convoqué à l'issue de l'AG, nommant un nouveau président et révoquant sur le champ Pascal Legros. Olivier Jarrousse, représentant d'Ui Gestion, co-actionnaire (11%), aurait marqué son désaccord. Sollicité, ce dernier n'a pas souhaité répondre à nos questions. Toujours selon la plainte, Pascal Legros aurait été menacé par un cadre de Qualium: «Fais tes affaires et va-t-en dignement sinon il y a des gens qui vont t'aider à partir et ce ne sera pas propre.» Ambiance. Dans le même temps, à La Jumellière, une scène quasi-simialire aurait eu lieu au siège social de Sogal. Il est également intimé l'ordre à Thierry Legeay de quitter les lieux. Dominique Engasser, le nouveau P-dg tout juste nommé, lui aurait brandi un Blackberry avec un message lui signifiant sa révocation, et aurait invoqué les articles12.2 des statuts, précisant qu'il était révocable, immédiatement et sans motif, de son mandat de directeur général des Établissements Sogal Corporate. Depuis ces événements, Thierry Legeay, arrivé dans l'entreprise en 1989, et Pascal Legros, président depuis 2010, sont en arrêt de travail pour syndrome dépressif et choc psychologique. Parallèlement à ce dépôt de plainte, une assignation pour révocation abusive et vexatoire a été déposée devant le tribunal de commerce d'Angers. Les conseils de Qualium ont demandé un délai pour plaider. L'audience a donc été repoussée au 20septembre. «Se séparer de quelqu'un, c'est la vie des affaires. Mais on n'est pas obligé de faire preuve d'intimidation, de violence et de fourberie», déclare Me Alexandre Merveille qui défend les intérêts de Pascal Legros et Thierry Legeay. Le dossier est désormais entre les mains du Procureur de la République d'Angers. «On dément bien sûr formellement le moindre acte de violence à l'égard des intéressés, déclare Marc Auberger. Nous étudions la possibilité de porter plainte à notre tour pour dénonciation calomnieuse. Ce dépôt de plainte de leur part s'inscrit dans la droite ligne de leur stratégie d'utilisation des médias et de l'entreprise pour leur intérêt personnel. Mais ce n'est pas le sujet majeur de l'entreprise. Ça peut arriver qu'il faille procéder à des ajustements. L'entreprise a un nouveau président et demeure solide.»
Quatre présidents en cinq ans
De l'information économique aux faits divers, ce dernier est pourtant bien obligé d'admettre que l'image de la PMI, familiale au départ, a été écornée. Sogal la discrète au coeur des Mauges, 87M€ de CA, 550 salariés en France, présente en Chine dans 800 magasins, suscite des interrogations. Localement et chez ses clients, les grandes surfaces de bricolage, plutôt habitués à entendre parler d'elle pour son innovation à l'instar de son partenariat avec le créateur Olivier Lapidus pour développer son concept de vente directe aux particuliers. Mais depuis quatre ans, et le premier LBO permettant à Thierry Legeay et Jean-François Dutour (aussi révoqué au printemps 2009...) d'en devenir les patrons, l'instabilité semble perdurer chez Sogal. À La Jumellière, les salariés ont vu passer quatre présidents en quatre ans. «J'ai passé mes premières semaines à ramener de la sérénité pour repartir sur les fondamentaux de l'entreprise», déclare Dominique Engasser qui a conservé la stratégie validée jusqu'en 2014. Est-ce à dire que le plan était le bon mais pas son animation? «Le plan de croissance fait sens mais les nombreux changements opérés ces derniers mois ont été trop importants et trop rapides pour les digérer et les intégrer. Pour une PME comme Sogal, on ne peut pas tout mener de front. Il faut désormais prioriser les projets, revenir aux basiques c'est-à-dire des produits de qualité, livrés sur-mesure dans un délai très court. On verra les premiers effets au premier trimestre 2013», s'engage le néoprésident.
Le rôle de l'État
Compte tenu de la procédure judiciaire en cours, Sogal fera reparler d'elle avant, sur le plan judiciaire. Et peut-être même sur le terrain politique. Thierry Legeay, qui possède toujours 6% du capital, a choisi d'interroger les pouvoirs publics: «Qu'il y ait des exigences de rentabilité de la part d'une société de gestion spécialisée, c'est normal. Mais je demande que les gens soient sanctionnés. À moins que la CDC et l'État cautionnent de tels agissements de la part d'un organisme leur appartenant qui agit comme des voyous...» Après Technicolor, les dossiers du Maine-et-Loire s'accumulent sur le bureau d'Arnaud Montebourg.
Deux mois après la révocation du P-dg, le calme n'est pas revenu chez le leader français de l'aménagement intérieur. Les ex?président et directeur général ont porté plainte pour violences volontaires aggravées !