Tous les projecteurs nationaux sont tournés vers le site Smartville de Hambach en Moselle, ce vendredi 11 septembre. Les 800 salariés de l'usine, filiale du groupe automobile Daimler sont appelés à se prononcer pour ou contre le « Pacte 2020 ». Précisément, ce pacte prévoit : de « passer aux 39 heures de travail hebdomadaire par étapes : de 35 à 37 heures à compter du 1er octobre prochain, puis de 37 à 39 heures en 2016, 2017 et 2018, avant de revenir à 37 heures en 2019, et 35 heures en 2020 ». En contrepartie la direction annonce garantir l'emploi jusqu'en 2020, et propose aux salariés : une augmentation mensuelle de 120 euros brut, ainsi qu'une prime exceptionnelle de 1.000 euros versée en deux fois sur deux ans. Elle s'est aussi engagée à embaucher 50 intérimaires en CDI entre octobre 2015 et fin 2017.
Chantage à l'emploi
Pour Didier Getrey, représentant de la CFDT, « il s'agit d'un chantage à l'emploi, une stratégie pour contourner la NAO (négociation annuelle obligatoire) qui a débuté au mois de juin. » Et le résultat semblait profiler une révolution dans le monde du travail, quelques jours seulement après la remise à Manuel Valls du rapport sur la réforme du code du travail. En effet, le " oui " l'a emporté à 56 %, avec une nuance en observant le détail des votants, ce sont les cadres et les employés, techniciens, agents de maîtrise (Etam), qui ont fait pencher la balance en votant " oui " à 74 %, alors que la catégorie " Modulant ", soit les ouvriers ou le personnel de production, ont eux voté " contre " à 61 %. Avec un taux de participation de 93,3 %. La direction, par le biais de son directeur des ressources humaines, Philippe Steyer, annonce alors « se féliciter de ce résultat qui confirme l'engagement de ses coéquipiers en faveur de la compétitivité de l'usine de Hambach en Moselle »
CGT et CFDT s'unissent
Passé cet événèment devenu national dans sa symbolique, la NAO s'est poursuivie entre la direction et les partenaires sociaux. La CFDT et la CGT se sont très vite unies en intersyndicale. Les deux syndicats, majoritaires au sein de l'usine Smart, avec 55 % de représentation, annoncent quelques jours après la consultation qu'ils ne signeront pas l'accord tel qu'il a été présenté aux salariés. Pour rappel, pour qu'un accord d'entreprise soit validé, il doit porter la signature de syndicats représentatifs d'au moins 30 % du personnel. Il faudrait donc que la CFTC et la CFE-CGC, qui représentent plus de 30 % signent l'accord. Or, dans les textes, « d'autres syndicats peuvent s'y opposer s'ils ont eux-même obtenu plus de 50 % des voies aux élections professionnelles. »
Augmentation de 0,25 %
« Nous avons déjà contacté un avocat pour faire valoir notre droit d'opposition », annonce Didier Getrey. La direction, (qui n'a pas souhaité s'exprimer) et les partenaires sociaux se sont retrouvés le 16 septembre, sans parvenir à un accord. La direction a mis sur la table une nouvelle proposition le 23 septembre : une augmentation générale de tous les salaires de 0,25 % par rapport à l'inflation, en expliquant qu'elle allait envoyer un avenant aux salariés. Ce à quoi CGT et CFDT ont répondu en quittant la réunion, « ils essayent d'intimider les salariés, c'est de la provocation. Dans le Pacte 2020 que nous refusons, ils disent garantir l'emploi jusqu'en 2020, mais c'est impossible dans le secteur de l'automobile. Ils font peser la menace d'une délocalisation en Slovénie, où la Twingo est produite, mais le site n'est pas assez grand pour assurer celle de la Smart, il faudrait investir dans de nouveaux bâtiments, or, Smartville a bénéficié de 200 millions d'euros d'investissements pour produire la nouvelle Smart, pourquoi un tel effort pour ensuite délocaliser ? »
Voyants au vert
Pour le représentant syndical, « un véhicule a une durée de vie de sept ans. La production de la Fortwo 3e génération vient seulement de débuter, les voyants sont au vert. » La direction a envoyé un communiqué de presse le 23 septembre au soir, précisant « attendre à présent les remarques des organisations syndicales et leur positionnement sur le Pacte 2020. » Sans toutefois préciser la date de la prochaine réunion. Malgré le " oui " de la consultation, la stratégie de Smart France n'a semble-t-il, à l'heure où nous bouclons ces pages, pas encore payé.
Smart
(Hambach - 57) Effectif : 800 CA : NC