Skylander : Le financement part en vrille
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Skylander : Le financement part en vrille

Le plan de développement du bi-turbopropulseur Skylander a du mal à convaincre: remis en cause le 13avril, les 60M€ de fonds publics réapparaissaient le 18, dans la bouche des élus. Le patron de Geci espère toujours boucler le montage financier d'ici à fin juin.

Convoqué par le président de la région Lorraine pour une conférence de presse à laquelle il ne tenait visiblement pas à assister, Serge Bitboul, le patron de Geci Aviation, faisait le dos rond comme un boxeur qui encaisse les coups. Le dernier en date est rude, et pourrait bien clouer à terre le projet Skylander. Le 13avril, une dépêche de l'agence Reuters révèle que les experts mandatés par le FSI estiment que le coût du projet n'est pas de 215M€, comme annoncé le 1erfévrier, mais plutôt de 306M€. Jusqu'au premier décollage du Skylander, le besoin en financement devrait donc atteindre les 200M€, un montant bien loin des 120millions retenus dans le cadre du protocole d'accord. Conclusion: l'accord est caduc, les 60M€ injectés par le FSI et le Grand Emprunt n'existent plus. «Je suis extrêmement serein», lançait un Serge Bitboul soucieux de ne pas apparaître comme un homme blessé. «Les investisseurs m'ont appelé pour me dire: "Serge, nous sommes derrière toi". J'ai bien noté que le protocole est caduc, mais les négociations se poursuivent sur d'autres bases. Il n'y a pas de rupture avec le FSI», assure le patron de Geci Aviation.




Acomptes sous séquestres

Pourtant, le rapport commandité par le FSI appuie partout là où les sceptiques avaient des doutes. Sauf sur un point: le «professionnalisme» du bureau d'étude recruté par Serge Bitboul, qui compte aujourd'hui 200 ingénieurs, a été reconnu. Hormis cet aspect, le patron de Geci Aviation rejette toutes les conclusions et souligne que le rapport n'était pas «contradictoire». Sur les «80M€» de différence, Serge Bitboul juge cette estimation «réellement excessive». Sur le besoin en fonds de roulement nécessaire au financement des premiers avions de série, estimé à 40M€ par les experts, Serge Bitboul assure qu'il sera couvert par les acomptes versés au titre des commandes par les clients. «Les séquestres seront levés 12 mois avant livraison et nous commencerons la production après encaissement», détaille le P-dg. Un scénario en contradiction avec le rapport qui estime que les acomptes seront indisponibles jusqu'à la certification.




Tarif en cohérence

Autre observation concernant le business plan: Serge Bitboul aurait surestimé le marché. «La prévision de livraison de 1.500 avions sur 15 ans semble trop optimiste pour un marché délaissé par les constructeurs et sur lequel la location et l'occasion assurent une partie de la demande», estiment les experts, qui retiennent le chiffre de 1.000 avions sur 20 ans. «Ces estimations ne portent que sur le marché civil», avance Serge Bitboul. «Et 600 avions, ce serait déjà un succès.» Enfin, le patron de Geci Aviation maintient que le prix de 6,7millions de dollars par avion est «en cohérence» avec les «moyens du marché»: «Notre concurrent, le Twin Otter, de conception plus ancienne, s'est vendu à Singapour à 7millions. Pourquoi donc faire une remise sur notre avion?» Le 18avril, le sujet devient politique. Une table ronde, organisée autour du ministre des Transports Thierry Mariani, réunit le président de la Région Jean-Pierre Masseret, la ministre de l'Apprentissage Nadine Morano, le ministre de la Défense Gérard Longuet et des représentants du FSI. Le P-dg de Geci sort 45M€ pour rassurer tout le monde, une somme apportée par des «hedges funds». Tout le monde se sépare avec la promesse de se revoir pour signer un nouveau protocole d'accord, avant le 30juin prochain.




Une sortie politique?

Estimant avoir déjà pris tous les risques, bien décidé à ne pas «aller plus loin» dans le financement du Skylander, pour lequel la Région a déjà engagé 20M€, le président de la Région a affirmé maintenir ses engagements. Jean-Pierre Masseret, ne veut retenir qu'une chose: «L'avion volera». Pour lui, le rapport confirme que le marché existe, que le Skylander est conçu par des professionnels. «Maintenant, c'est un enjeu national. Est-ce que la France veut prendre des parts de marché à l'international?», tonne le président avec d'évidents accents de campagne. Soucieux de relativiser les enjeux financiers, Jean-Pierre Masseret jongle avec les millions: «On parle de 20,30,40millions. Mais ce n'est pas à la hauteur, la vraie question, ce sont des milliards de chiffres d'affaires et des centaines d'emplois derrière ce projet». Dans le monde aéronautique, ils sont nombreux à estimer «qu'aucun constructeur n'a besoin de se mettre un projet de ce type sur les bras. Il y a aujourd'hui 1.100 avions du type Skylander en service dans le monde et le marché baisse de 60 à 70avions par an depuis les années 50».

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