Services à la personne : Un alléchant gâteau
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Services à la personne : Un alléchant gâteau

Conjoncture De 17milliards d'euros, le marché des services à la personne en France pourrait passer à 45milliards d'ici à 2020 selon les prévisions. Les entreprises désirent une régulation en leur faveur afin de profiter de cette progression exponentielle.

Des grands, des petits, des associations, des indépendants, des réseaux, des particuliers, des spécialistes, des généralistes: le secteur des services à la personne est un marché très atomisé. On dénombre au moins six catégories d'acteurs-employeurs.




2millions de particuliers

Premier employeur, les particuliers. Ils seraient plus de 2millions en France à faire travailler 690.000 salariés en équivalent temps plein dont 326.000 assistantes maternelles. Selon les derniers chiffres de l'agence nationale des services à la personne, ils réaliseraient 71% des 17,6milliards de chiffre d'affaires du secteur en 2011. Viennent ensuite, par ordre décroissant de leur poids économique, les associations, les entreprises, les centres communaux et intercommunaux d'action sociales (CCAS), les auto-entrepreneurs et enfin les aidants naturels, évalués entre 2 et 3millions et non rémunérés. De 17milliards aujourd'hui, le marché pourrait passer à 45milliards d'ici à dix ans. Au moins, trois principaux phénomènes conjoncturels expliquent cette croissance exponentielle attendue: l'accroissement du taux d'activité des femmes nécessitant une demande en hausse de prise en charge des enfants; une espérance de vie en progression constante (79 ans en 2004, 84 ans en 2050) et enfin la hausse du nombre de personnes vivant seules (1 sur 8 en 1999 pour 1 sur 6 en 2030 selon les prévisions). Le Cesu (chèque emploi service universel), préfinancé ou non, a également grandement participé au recours massif à ces prestations de service pour le ménage, l'assistance aux personnes âgées ou handicapées, la garde d'enfants, etc. Sur les deux millions de particuliers employeurs, 1,4million utilise ainsi le Cesu déclaratif.




8% du chiffre d'affaires par 18.000 professionnels

Un marché de masse en progression perpétuelle avec une visibilité quasi infinie: le phénomène est suffisamment rare aujourd'hui pour qu'il intéresse des entrepreneurs alléchés par ce succulent gâteau. Seules les associations détenaient les agréments auparavant. La loi de 2005 a changé les choses. En sept ans, la France a ainsi vu le nombre d'entreprises privées de services à la personne passer de 500 à 12.000, auxquelles s'ajoutent 6.000 auto-entrepreneurs. La part de marché de ces 18.000 professionnels "marchands" se monte à un petit 8%.




Militer pour réguler

Mais les prévisions pour 2020 tablent sur une explosion de ce pourcentage aux alentours de 25%. Le secteur risque donc l'inflation de l'offre. «Les gens motivés qui veulent créer, il faut leur montrer que c'est possible mais il faut aussi leur dire la vérité: le volume est nécessaire car la marge est faible», a prévenu Didier Château, cofondateur de la franchise Générale de Services, basée à Angers, lors de la première journée régionale organisée par les CCI des Pays de la Loire. La section du Maine-et-Loire milite d'ailleurs pour porter le projet d'une filière complète de formation à ces métiers, du Bac Pro au Master. Un CAP pourrait voir le jour à la rentrée. «On est à la croisée des chemins entre l'offre et la demande. On assiste aujourd'hui à ce qu'il s'est passé dans l'intérim ou le nettoyage. Le secteur va se structurer et la part de marché des entreprises va se développer», pense Patrice Deniau, président de la CCI de Mayenne et P-dg de Maison et Services, une entreprise... de service à la personne. Qui dit structuration, dit concentration. Si la part du gâteau s'agrandit, les entreprises ambitionnent surtout de se la réserver... «On n'est pas là pour dire que notre système est meilleur qu'un autre mais on a envie que le marché se structure alors que nous ne sommes pas sur des métiers nouveaux.De grands acteurs vont voir le jour», pense pour sa part Guillaume Richard d'O2. Le Manceau (7.400 salariés), qui se développe en franchise, est l'un des leaders du marché.




Offrir des emplois durables

D'économie souterraine, les services à la personne sont donc devenus un secteur qui représente aujourd'hui 1% du PIB français. Les professionnels désirent réguler le marché pour faire baisser la part des employeurs particuliers. Pour parvenir à leurs fins, ils y vont à coup d'arguments sur la sécurité, la garantie du travail, la fiabilité de leur organisation, etc. L'un de leurs atouts est conjoncturel: le nombre d'emplois créés: 390.000 depuis 2005, 11.000 équivalents temps plein en 2009. «Dans ce métier, on peut construire un emploi du temps à la carte qui permet un temps plein complet», répondent en coeur les professionnels. Mais combien de salariés accèdent à ce statut? Et alors que l'âge moyen des intervenantes augmente, comment attirer à la fois des jeunes et des hommes? C'est là l'autre enjeu majeur à relever pour les entreprises de la profession: proposer des conditions de travail qui font que les salariés restent. Une ambition pas financière mais toute aussi importante.

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