Saumon fumé : La filière fait le dos rond
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Saumon fumé : La filière fait le dos rond

AGROALIMENTAIRE Le saumon fumé est devenu un produit de grande consommation. Si bien que les industriels sont confrontés à une demande trop forte, et une hausse des prix de la matière première astronomique. La Bretagne, première region de transformation, est impactée.

L'industrie de la transformation de saumons fumés connaît des jours complexes. Particulièrement en Bretagne, première région de transformation de ce poisson. Depuis mi-2012, les industriels font face à une hausse sans précédent du coût de la matière première. « Au niveau mondial, le saumon a beaucoup de succès. La consommation augmente les prix se tendent. De juin 2012 à juin 2013, la matière première a augmenté de + 70 %. Et il faut savoir que le prix du poisson représente 55 à 70 % du prix de revient », explique Jacques Trottier, directeur général de Labeyrie Fine Foods (260 M€ de chiffre d'affaires, 1.500 salariés) et président du syndicat français des industries du saumon et de la truite fumés (11 adhérents).




L'inflexibilité des GMS

Le problème, c'est que cette hausse n'a pas été répercutée auprès de la grande distribution. « En temps normal, nous absorbons les hausses. Mais cette fois elle est telle que nous avons demandé à revoir les prix. Nos clients distributeurs n'ont pas accepté ces hausses. Ils tiennent trop à préserver leurs prix et le pouvoir d'achat des consommateurs », explique Gilles Charpentier, P-dg du groupe MerAlliance (155 M€ de chiffre d'affaires, 950 salariés), basé à Quimper (Finistère). Conséquence : les marges sont comprimées, et les rentabilité passent parfois au rouge. Rajoutez à cela une mauvaise image auprès du consommateur pour achever une année 2013 morose. Le 7 novembre dernier, France 2 a diffusé une enquête d'Envoyé Spécial particulièrement virulente pour le saumon norvégien. Les industriels du secteurs n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer « une campagne de désinformation », etc. À quelques semaines des fêtes de fin d'année, l'effet a été dévastateur. Depuis, la baisse des ventes est estimée de - 8 à - 10 %. « Il y a eu une cassure de la consommation, analyse Pierre Commere, délégué général au sein de l'association des entreprises de produits alimentaires élaborés (Adepale).




Quid de l'approvisionnement ?

Le saumon de Norvège suscite des interrogations. Sauf que les Norvégiens sont maîtres au royaume du saumon : ils assurent plus de 60 % de la production mondiale. Autant dire que les aquaculteurs sont en position de force. D'autant plus que les autres pays d'approvisionnements ne peuvent répondre à la demande mondiale croissante. Le marché est donc structurellement haussier, et le bouleversement des sources d'approvisionnement n'est pas pour demain. Jacques Trottier « espère simplement que nous allons sortir de ce cycle haut du coût de la matière première. Sur nos marchés, il y a toujours eu des acteurs de niches. Ce sont eux qui peuvent opérer avec succès en ces temps difficiles. »




Le bio, une niche ?

De petits acteurs tirent leur épingle du jeu malgré ce contexte tendu. L'entreprise Côté Sauvage de Saint-Pierre-Quiberon affiche une réussite insolente. Spécialisée dans le poisson fumé, elle en traite 12 tonnes par an. Elle n'officie que sur la niche du saumon sauvage ou du saumon bio, en provenance d'Écosse, d'Irlande ou d'Alaska. La PME emploie cinq salariés et génère près de 500.000 € de chiffre d'affaires. « Mais nous avons réalisé + 30 % entre 2012 et 2013. Et 2014 démarre très fort », s'enthousiasme Guy Danic, l'un des dirigeants. Certes, la société n'a rien de comparable avec un groupe d'envergure nationale, mais sa réussite témoigne d'un marché en pleine évolution. « Le lendemain de ce fameux reportage sur France 2, nous avons été assailli d'appels. Au final, cela a été du pain béni pour nous », assure Guy Danic.




Quel marché demain ?

Face à ce marché mouvant, les entreprises s'adaptent. L'exemple de Marine Harvest est parlant. Le groupe vient de fermer ses sites de Poullaouen (29) et de Châteaugiron (35) pour booster sa rentabilité (303 millions d'euros de résultat net). La Bretagne perd ainsi son leadership de transformateur nº1 de saumons. Malgré ce coup de frein, la France reste le numéro un européen en terme de consommation de saumons. Cependant la filière évolue, en se confrontant parfois à la puissance des GMS.

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