La stratégie de clusterisation MedVallée, visant à positionner Montpellier comme pôle d’excellence mondial en santé globale, monte encore en puissance avec la nouvelle annonce de Sanofi. Le groupe pharmaceutique français (88 000 salariés, CA prévisionnel 2025 : 46,1 Md€), qui s’apprête à déployer 6 centres d’excellence translationnelle (TCOE en Anglais) dans le monde, va installer le premier d’entre eux dans la Métropole héraultaise en collaboration avec l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Immun4Cure. Ce dernier, créé par le CHU de Montpellier, l’Inserm et l’Université de Montpellier, a été labellisé par l’État en 2023.
Au service de la médecine de précision
Le TCOE montpelliérain ambitionne d’accélérer la recherche et le développement de solutions thérapeutiques et de médicaments contre les maladies auto-immunes. Cette approche consiste à favoriser la preuve de concept centrée sur le patient en phase de développement clinique précoce, puis à exploiter des synergies entre l’IHU et Sanofi pour faire progresser la médecine de précision sur ce sujet. Le comité de gouvernance commun affichera 10 membres.
"C’est une collaboration unique entre une structure académique comme Immun4Cure et Sanofi, qui compte un grand nombre d’immunothérapies au stade précoce. Nous apporterons le côté clinique et Sanofi l’accélération technologique, afin de développer une thérapie correspondant à chaque patient", commente le Dr Christian Jorgensen, directeur de l’IHU.
Des synergies académiques et industrielles
Immun4cure (300 cliniciens) donnera accès à des cohortes de patients, et mettra à disposition ses infrastructures de collecte et d’analyse d’échantillons biologiques, ses bases de données et ses outils d’intelligence artificielle (IA.) Pour sa part, Sanofi utilisera son propre site de Montpellier, où il emploie un millier de collaborateurs. Le groupe y mobilisera notamment ses plateformes de recherche et d’expérimentation, et ses capacités à développer des petites molécules et des biomédicaments, en s’appuyant sur ses systèmes d’IA et son laboratoire de bio-informatique.
"Le développement d’une nouvelle solution thérapeutique est très long : jusqu’à quinze ans pour arriver à un nouveau médicament. C’est aussi risqué, et de nombreuses approches n’aboutissent pas faute d’avoir su transformer le sujet de recherche en développement clinique. Or, avec le TCOE, nous allons dérisquer nos approches grâce à un partenaire très en amont du développement clinique", résume Jacques Volckmann, vice-président R & D France de Sanofi.
Un temps de développement réduit
L’IHU dispose d’un budget de 20 millions d’euros sur dix ans, mais l’investissement pour le TCOE est porté par Sanofi. Le groupe a identifié dans son portefeuille 8 candidats-médicaments susceptibles d’être orientés vers le centre d’excellence. L’étude clinique pour le premier d’entre eux vient de démarrer, et mobilisera "plusieurs millions d’euros". Deux autres études cliniques devraient suivre rapidement. "Tout dépend de la maladie visée, mais nous espérons réduire de 20 % le temps de développement clinique, soit deux années sur un programme de dix à douze ans", évalue Angel Cedazo-Minguez, responsable mondial des TCOE de Sanofi. Le groupe précise que, pour des raisons légales, le partenariat avec l’IHU a été conclu pour une durée de cinq ans, mais qu’il devrait se prolonger bien au-delà.