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A Roubaix, l'école de production forme les opérateurs dont l'industrie textile a besoin
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A Roubaix, l'école de production forme les opérateurs dont l'industrie textile a besoin

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Depuis l’automne dernier, l’Epicc de Roubaix tente d’amener des jeunes, pour la plupart déscolarisés, vers un CAP couture. Un apprentissage par la pratique, en situation, qui implique directement les entreprises du territoire.

Après une initiation, les jeunes inscrits à l’École de Production Industrielle de Couture et Confection (Epicc) de Roubaix commencent à répondre à des commandes d’entreprises, avec l’aide de leur formateur — Photo : Jeanne Magnien

Inaugurée en octobre dernier à Roubaix, l’École de Production Industrielle de Couture et Confection (Epicc) déploie une pédagogie innovante au service des jeunes et des entreprises du territoire. Basées sur le "faire pour apprendre", ces écoles, de plus en plus nombreuses en France, mettent leurs jeunes élèves en situation, pour leur inculquer le savoir-faire et le savoir-être, nécessaires pour travailler en entreprise.

Le seul critère d’admission étant la motivation, les élèves, âgés de 15 à 18 ans, pour la plupart déscolarisés, sont libres de s’inscrire à l’issue d’une immersion de quinze jours. Ils s’engagent alors à suivre la formation qui en deux ans, les amènera au CAP, à raison de 24 heures en atelier par semaine.

Répondre à des commandes comme des pros

La particularité de ces écoles : les étudiants répondent à des commandes émanant d’entreprises, comme un véritable atelier professionnel. "Nous commençons à engranger des commandes, de la part d’entreprises de la région et au-delà", se félicite Pierre Delannoy, le directeur de l’Epicc. "Elles contribuent à financer l’école, mais leur intérêt pédagogique passe avant tout autre considération. Nous faisons en sorte de graduer la difficulté pour proposer des projets stimulants à nos élèves, tout en suivant leur progression. Nous ne faisons que de la petite et moyenne série, aux prix du marché, parce que nous garantissons une finition impeccable et même, des suggestions d’amélioration des modèles. Mais bien sûr, cela peut nous demander un peu plus de temps que pour un atelier classique…"

Qu’importent les contraintes, encourager le travail de l’Epicc est dans l’intérêt bien compris des entreprises textiles, dont l’essor est contrarié par une pénurie de main-d’œuvre. Elles sont nombreuses à prendre langue avec la structure, pour envisager une collaboration, selon le directeur de l’école. Après des tote bags pour une entreprise vosgienne, les élèves devraient passer à des caleçons pour l’entreprise régionale La Vie est Belt, avant de passer au prêt-à-porter, l’an prochain.

"Le textile est un secteur porteur, qui recrute à nouveau dans la région. Mais ce n’est pas toujours évident à entendre pour les jeunes et surtout leurs parents ou leurs grands-parents, qui ont vu partir toutes les industries textiles dans les années 80 et 90. Surtout, l’atelier est là pour montrer que ces métiers et les conditions de travail ont évolué, les machines de dernière génération sont silencieuses et surtout électroniques, ce sont des outils de pointe."

Former vite et bien, à moindre coût

Représentant un investissement de 130 000 €, comprenant les machines et les travaux pour aménager un local au sein du tiers lieu textile Le Plateau Fertile, l’Epicc est financée avant tout par des fonds privés. Si la Région, la Métropole et la Ville de Lille, ainsi que le plan de Relance, ont subventionné la création de l’école, des fonds comme Entreprises & Cités, ou les fondations de Total Énergies, Ceetrus ou encore du Crédit Agricole, ont aussi soutenu l’école. La taxe d’apprentissage, dont une partie peut être fléchée par les entreprises, devrait également être une source de revenus. L’idée étant que les étudiants n’aient à verser que 15 € par mois pour suivre le cursus, une somme qui symbolise avant tout leur engagement auprès de la structure.

Les écoles de production permettent en effet de rendre des jeunes opérationnels très vite, et à moindre coût. "Les écoles de production présentent le meilleur taux de réussite, au coût le plus bas pour la collectivité. En moyenne, elles affichent 90 % de réussite à l’examen, et 100 % d’emploi pour les diplômés, tous secteurs confondus. Le tout, pour un coût de 15 000 € par an et par jeune, dont un tiers est couvert par la production. Un lycéen, c’est 12 000 € par an, un apprenti, jusqu’à 21 000 €", détaille Pierre Delannoy.

Dès la rentrée prochaine, les locaux de l’Epicc devraient être étendus, pour permettre la cohabitation de deux promotions d’une douzaine d’élèves.

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