L
es débuts« Je me suis mis à peindre il y a une quinzaine d'années, pendant une période compliquée sur le plan personnel », révèle Xavier Madoré. Il dirige l'agence grenobloise (45 personnes ; CA 2013 : 6,5 M€) du groupe Socotec, société d'ingénierie dans la maîtrise des risques. « Je suis un hyperactif, entre le boulot et les sports. J'avais besoin de plus de calme. La peinture me réussit, elle me permet de déconnecter. »Patrice Ganansia dirige l'agence immobilière grenobloise Résidences et patrimoine (7 personnes ; CA 2013 : 400.000 €) mais a un passé professionnel d'animateur radio, DJ, dirigeant de boîte de nuit, commercial... « En 2008, j'ai fait une dépression. En sortir était un enfer, se souvient le dirigeant. Et puis ma femme m'a offert une toile et m'a dit "Peint" ! Ça a été une révélation. Du jour au lendemain je me suis mis à peindre beaucoup, sur de grands formats. »
Le style
Xavier Madoré a commencé par faire des copies, du figuratif. « J'étais un bon faussaire. Et puis j'ai saturé, ce n'était pas moi, juste une école pour faire mes gammes. Alors, du jour au lendemain, j'ai peint du personnel. » Il se met devant la toile entre 23 h et 3 h. « Je suis un autodidacte qui utilise tout, sauf des crayons et des pinceaux ! »Patrice Ganansia peint lui aussi la nuit. Il travaille le noir. « Ce n'est pas une couleur, mais une valeur. Il y a toujours du noir sur mes toiles. »
Les expositions
Se disant lui-même sans « aucune culture artistique », Patrice Ganansia a mis un an avant de céder à la demande du magasin de meubles Ligne Roset qui voulait exposer ses oeuvres. « Je ne savais même pas ce qu'était un vernissage ! Et puis beaucoup de gens sont venus, dont un qui m'a dit "Soulage t'inspire". Bernard Soulage, le conseiller régional ? "Non, Pierre Soulage !" Je ne connaissais pas... Alors je suis allé au Musée de Grenoble et là j'ai pris une grosse claque : c'est mon langage. »Il se crée un book et le présente à Paris. « Je tape le haut, je ne suis pas là pour exposer dans un café local. » Il signe un contrat d'exclusivité d'un an avec un galeriste lyonnais, s'affiche dans deux salons d'art contemporain à Paris puis participe à une vente aux enchères pour une oeuvre caritative. « Ça a été le départ de la cotation de mes toiles chez Art price, la référence mondiale de l'art contemporain. » Un tableau de Patrice Ganansia 130 x 90 cm vaut donc 2.700 €. « Je suis schizophrène. Je sais gérer une entreprise et peux tout vendre, sauf mes toiles ! Là, il s'agit de vendre son soi intérieur, ses tripes. Quand mes toiles sont vendues, c'est parce que les acheteurs l'ont voulu, sinon je fais de l'anti-vente ! »Il a plusieurs expositions programmées en 2014, dont une aux États-Unis. « J'ai l'opportunité d'exposer à New York. Mes oeuvres pourraient correspondre au goût des Américains. Je suis étonné par ce qui m'arrive, j'appelle les opportunités et elles se produisent... »Pour Xavier Madoré aussi, « il y a eu un cap à franchir avant la première exposition. Seuls mes amis intimes savaient que je peignais. Le patron de l'hôtel Dauphitel à Échirolles a mis deux ans à me convaincre ! Je le vivais presque comme de l'impudeur. Et puis il a fallu mettre un prix sur mes toiles... S'il y en a une que j'aime, je mets un prix élevé, pour ne pas la vendre et la garder ! Sinon, 300 € ou 400 € ? Mais ça ne veut rien dire. Si ça plaît, le prix ne compte pas. J'en offre, ça me fait plaisir. »
Le rapport au travail
« Mon quotidien est plaisir, mais à 53 ans mon avenir professionnel est derrière moi, affirme Xavier Madoré. Et vingt ans de management, c'est épuisant ! Alors peindre me repose. Ça me permet d'évacuer et de relativiser le monde du travail. Je fais la guerre à mes collaborateurs, je leur dis de garder une place pour leur vie personnelle : ils seront mieux dans leur tête et dans leur travail. Un manager qui passe sa vie dans son job n'est pas bon. Il faut savoir vivre pour mieux se concentrer. La peinture m'apporte l'humilité, l'écoute, le recul. »« Ça commence à se savoir, avoue Patrice Ganansia. Au début, je l'exprimais peu. Et puis mon agence est devenue ma première galerie. Mes vendeurs sont mes partenaires ; ils savent maintenant qu'ils ont un patron qui n'est pas toujours là, que si je peins une nuit, je peux ne pas venir le matin... C'est un moteur pour moi d'avoir deux activités, sinon je sombre dans un ennui profond. Arrêter l'agence ? Ça m'effraie car il me manquerait la deuxième roue : je ne suis pas prêt à m'isoler complètement. Ma carrière artistique décolle et me crée une peur abyssale. L'agence immobilière permet de relativiser. Mais la peinture m'offre une vraie liberté et je privilégie le bien-être au chiffre d'affaires. Je suis content que mes vendeurs soient bien payés, mais l'argent m'emmerde ! Le prix des toiles, c'est une valeur, mais pas la valeur. Je ne peins pas pour l'argent mais pour exprimer des états d'âme. La peinture vient de quelque chose, d'une explosion, c'est un exutoire. »
www.aa-immobilier.fr
www.patriceganansia.com
www.socotec.fr
http://xavier.livegalerie.com
Art. Xavier Madoré et Patrice Ganansia sont chefs d'entreprise et peintres. Ils ne se connaissaient pas mais ont des points communs. Portraits croisés.