Le 21mars au soir, à peine le résultat dévoilé, le candidat Masseret a revêtu son costume de président de Région: point de triomphalisme, point d'emphase, mais les mots de «responsabilité» et de «travail», pour évoquer le futur mandat. Derrière lui, les sourires des lieutenants disaient la satisfaction du devoir accompli: c'est reparti pour un tour... Dans le camp des battus, on évoquait la «vague rose nationale», Laurent Hénart parlant de «résultat qui se propage à travers le pays». Déçu par ses 31%, l'adjoint au maire de Nancy a été une nouvelle fois victime du «syndrome de la Place Stan'», qui veut que le fauteuil de président de Région échappe aux élus de la Cité ducale. Les vrais enseignements du scrutin sont ailleurs. L'abstention, qui reste forte: les Lorrains ne sont que 47% à s'être déplacés pour le second tour. Un chiffre en hausse de 6,5 points par rapport au chiffre piteux du 14mars. Désintérêt, rejet d'un monde politique qui ne semble plus être en phase avec leurs préoccupations, les Lorrains ont aussi largement accordé leurs voix au Front national, avec 18,45%. Et des pics à plus de 20% en Moselle.
Un Front fort
Le candidat FN, Thierry Gourlot, voyait son parti comme le «syndicat des Français». Expression ambiguë, soulignant une réalité concrète: le vote FN est un vote de colère. Les cartes des délocalisations, des fermetures d'usine et des conflits sociaux sont bien superposables avec celle du vote Front national. Phénomène inédit, la petite hausse de la participation a aussi profité au candidat FN. Preuve s'il en fallait que le parti de Jean-Marie Le Pen est bien de retour. Avec une rigueur tout à son honneur, Jean-Pierre Masseret le disait lors de la soirée électorale: «Ce résultat pose un certain nombre de questions, notamment avec le score du Front national qui traduit un profond sentiment de colère d'une part majeure de la population.» L'analyse est juste. Reste à en tirer les bonnes conclusions: les Lorrains veulent un président fort, qui s'engage. Emplois, industrie, innovation, grands projets, les discours doivent maintenant devenir concrets.
Le socialiste Jean-Pierre Masseret a été réélu à la tête du conseil régional avec 50% des voix. Un bon score difficile à analyser, entre vague rose nationale et enjeux locaux rapidement évacués, dans un débat qui n'a même pas réussi à émerger.