En observant ses parents sourds évoluer lors de la crise sanitaire en 2020, Anthony Denux a voulu les aider à "se reconnecter avec leur environnement". Cet ingénieur informatique, passé par la fintech parisienne Mangopay, décide de lancer sa propre start-up à Montpellier, Reeflect (5 salariés), pour développer un système de détection de bruit. Destinée aux personnes sourdes et malentendantes, cette solution domotique suppose de déployer divers capteurs chez l’utilisateur, dont des luminaires connectés et une "oreille intelligente" (un micro autonome embarquant sa propre IA) : selon l’événement détecté (cri, sonnerie à l’entrée, alarme incendie…), la personne est prévenue par des signaux visuels et vibratoires émis par une application sur mobile ou montre connectée.
Un vecteur de performance
Reeflect est partie de ce constat : 90 % des sourds et malentendants ne se sentent pas en sécurité chez eux. Mais si elle vise bien un public de foyers domestiques, la start-up créée en janvier 2024 entend se concentrer pour son décollage commercial sur le segment des entreprises. Elle a conçu une montre connectée spécifique pour les environnements professionnels, qu’elle leur propose dans le cadre de leur stratégie d’aménagement et de sécurisation des postes de travail : le dispositif est capable de relayer au sein de cet espace différents types de signaux, comme une alarme incendie ou une situation d’urgence.
"La France est un pays richement doté en lois sur les handicaps, mais comme pour les personnes à mobilité réduite, les employeurs ont du mal à se conformer à leurs obligations légales concernant les collaborateurs sourds ou malentendants. Nous voulons leur démontrer que nous avons créé une solution faisant de ce handicap un vecteur de performance", souligne Anthony Denux.
Un enjeu RH en émergence
La start-up montpelliéraine vise d’abord les ETI et les PME développant une politique RSE. "Elles ont des besoins spécifiques et viennent se renseigner sur les solutions que nous proposons. Ou bien elles gèrent des masses salariales de plusieurs dizaines ou centaines de personnes, et ce sujet devient pour elles un enjeu de ressources humaines", pointe le dirigeant.
Ce dernier mise aussi sur un autre aiguillon, financier celui-ci : sur la base du devis réalisé par Reeflect (pour équiper quelques postes de travail ou un bâtiment entier), les entreprises peuvent solliciter une aide auprès de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph) ou des Maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH). Au global, Reeflect estime que son activité devrait, à terme, se répartir à 70 % chez les entreprises, et 30 % chez les particuliers.
Nouvelles étapes de croissance
L’innovation portée par Reeflect ne passe pas inaperçue puisque la start-up vient de remporter la 17e édition du concours national BFM Académie, face à plusieurs dizaines de concurrentes. La médiatisation récoltée aide la pépite pour la suite de son parcours : après une campagne de crowdfunding, elle finalisera la R&D pour la deuxième version de son micro intelligent d’ici la fin 2024. Elle prévoit d’en lancer la version commerciale en début d’année prochaine. Pour structurer son équipe et renforcer sa chaîne de production en vue des volumes à fabriquer, elle prévoit de lever autour d’un million d’euros au cours du premier semestre 2025. Sans réduire ses ambitions sur le volet innovation : bientôt, l’algorithme conçu en interne et équipant son micro sera capable de traduire la voix en n’importe quel texte grâce à l’IA générative.