Presse et Internet : Quel modèle économique ?
# Services

Presse et Internet : Quel modèle économique ?

Payant ou gratuit? Pour la presse, les modèles économiques sur Internet restent à imaginer. La conférence du 22avril à Rouen a tenté d'y apporter quelques réponses.

«Quel modèle économique pour l'information sur Internet?», était le thème auquel se sont confrontés Michel Lépinay, président des quotidiens du Pôle Normand, Laurent Joffrin, directeur de publication de Libération, Pierre Haski, directeur de Rue89 et Jean-François Eyraud, directeur de développement Internet de la Provence. Première constatation, les modèles économiques du Net, pour la plupart gratuits, ne permettent pas une rentabilité normale. Un enjeu majeur pour Michel Lépinay dont le nouveau site a été lancé le 28avril: «Le site de Paris-Normandie aura une partie de ses informations payante, car sans prix, on dévalorise l'information».




Le besoin de journalistes

Si Laurent Joffrin ne croit plus les gourous du Net, il s'en remet aux chiffres. Ceux, qui prouvent que dès 2003 s'est entamé le déclin du support papier, via l'arrivée de l'ADSL: «Cela a mis les entreprises dans le rouge et réduit les moyens. Mais ce n'est pas inexorable. Une société démocratique a besoin de journalistes professionnels, avec de nombreux organes de presse pour un meilleur pluralisme. Sans journalistes spécialisés, on est dépendant des pouvoirs. Pour moi, le bon modèle économique ne viendra qu'en ralentissant la chute des ventes et en trouvant de l'argent avec le Net». Directeur du site Rue89, Pierre Haski à une approche différente avec un site qui mise sur une information collective fruit de la mise en commun du travail journalistique et des contributions des internautes. «C'est vrai qu'il y a un gros décalage entre les prédictions des gourous et les réalités économiques. Mais j'ai une vision optimiste car l'usage d'Internet est devenu incontournable, et nécessite des pôles de référence. Plusieurs modèles économiques devront cohabiter sur le Net. Pour Rue89, c'est 60% de recettes publicitaires, le reste, c'est de la prestation de services». Chez Jean-François Etraud, 95% des recettes sont réalisées avec la publicité: «Mais pour progresser, il va falloir vendre le contenu et travailler dans la durée».




Demain?

L'idée de faire payer les internautes présente un risque selon Pierre Haski: «La première source de trafic pour Rue 89, c'est les liens. En devenant payant, on risque de s'exclure des réseaux sociaux». Mais pour Michel Lépinay, c'est évident: «Si on rend des services intéressants, les gens seront prêts à payer. Il faut faire converger l'ensemble des modes de rémunération, services, contenus, pubs, pour faire vivre un modèle économique». Dans tous les cas, l'heure est à la réflexion: «Il faut redéfinir nos cibles et nos marchés pour retrouver nos clients: on ne répond peut-être pas assez aux besoins de nos clients», précise Jean-François Eyraud. Des changements profonds que Laurent Joffrin aimerai voir accompagner par le gouvernement: «L'État doit nous aider à organiser la transition. Des discussions sont en cours avec les agrégateurs pour monétiser le secteur de manière collective, tout en restant gratuit pour l'internaute». Enfin, écueil à éviter à tout prix, celui de l'immobilisme: «Il faut comprendre cette évolution et ces transformations».



Sébastien Colle

# Services