Supra ne fait plus feu de tout bois. Cette PME alsacienne fondée en 1873 vient d’annoncer un plan de licenciement portant sur 81 postes. Entre les propositions de reclassement, la fin de CDD et les départs en retraite, l’entreprise qui emploie aujourd’hui 171 salariés « devrait procéder à environ 70 licenciements », indique Jean-Michel Mellinger, directeur général de l’entreprise basée à Obernai (67) qui conçoit et fabrique des poêles à bois et des inserts. Selon son dirigeant, Supra serait le troisième fabricant français de poêles, derrière Invicta et Godin.
Le chiffre d’affaires divisé par trois
Faisant l’objet d’une procédure de sauvegarde depuis septembre dernier, Supra accumule les pertes depuis des années. Son dernier résultat d’exploitation positif remonte en effet à 2009. Le chiffre d’affaires a pour sa part été divisé par trois en dix ans. Il était de 73 millions d’euros en 2006. Il devrait se fixer aux alentours de 25 millions d’euros en 2016, en baisse de 29% sur un an. Les effectifs ont suivi cette tendance baissière, Supra employait près de 300 collaborateurs il y a dix ans.
Crise structurelle
Qu’est ce qui explique la terrible décennie de Supra ? Pour Jean-Michel Mellinger, l’entreprise a d’abord souffert à la fin des années 2000 et au début des années 2010 d’une crise organisationnelle. « L’entreprise familiale a été rachetée par EDF, qui la gérait d’assez loin », raconte le dirigeant. Point d’orgue de ces problèmes structurels : une perte de 10 millions d’euros essuyée en 2011. EDF a finalement vendu cette année-là la PME alsacienne à un fond d’investissement, Perceva, qui est toujours aujourd’hui actionnaire majoritaire.
Le marché s’effondre
Une restructuration plus tard, Supra retrouve un peu de couleurs. Avant de rapidement rechuter en 2014. La faute cette fois à la conjoncture, assure le directeur général de l’entreprise. Le marché du poêle à bois et de l’insert « a dégringolé de manière impressionnante », appuie-t-il. En 2013, il s’est ainsi vendu en France 500 000 poêles, foyers et inserts, selon les chiffres de l’observatoire des énergies renouvelables Observ’ER. Deux ans plus tard, seulement 360 000 ventes ont été recensées.
Crise du BTP et hivers trop doux
Les raisons de cet effondrement ? Jean-Michel Mellinger y voit plusieurs facteurs. À commencer par la crise du bâtiment. Des hivers trop doux et la baisse du prix du fioul n’incitent pas non plus les Français à investir dans le chauffage au bois. La vague de froid qui touche actuellement la France, peut-elle annoncer une ère moins mouvementée pour la PME alsacienne ? Jean-Michel Mellinger veut y croire : « Je pense que nous avons atteint le point le plus bas du marché. »