À quoi mesure-t-on aujourd'hui l'efficacité des pôles de compétitivité? Au nombre de ses membres, de ses projets labellisés mais aussi au montant d'investissements en R & D dégagé. Mais quid de la notion de travail collaboratif? Nada. Favoriser les liens entre PME, laboratoires de recherche et grands groupes, c'était pourtant l'un des objectifs majeurs ayant conduit à la création des pôles en 2005. Mais voilà, comment calculer et illustrer de façon simple les liens entre acteurs d'un même pôle? Mission quasi impossible. En tout cas jusqu'à aujourd'hui. Car le pôle de compétitivité Images & Réseaux - actif dans l'Ouest dans les Technologies de l'information et de la communication (TIC) - a développé "VizIR". Un bijou qui a fait quelques jaloux dans le petit monde des pôles. «C'est le projet qui nous a fait sortir du lot au niveau européen», commente Bertrand Guilbaud, directeur général d'Images & Réseaux. Un pôle classé le mois dernier "très performant" - le seul dans l'Ouest - suite à un audit commandé par le gouvernement. Derrière cet "Iznogoud" technologique, un calculateur puissant permettant de cartographier des données. Et quoi de mieux que de se l'appliquer à soi-même pour démontrer l'utilité du joujou. C'est ce qu'à fait le pôle Images & Réseaux, qui livre ses conclusions en exclusivité au Journal des entreprises. Sa base de travail, les projets collaboratifs entre ses propres acteurs (PME et académiques).
Rennes, Nantes et Brest en tête
Au premier regard, le résultat peut faire penser à de l'art abstrait, avec un enchevêtrement de traits (voir carte ci-contre). Mais à regarder de plus près les grandes masses qui s'en dégagent, on comprend vite l'intérêt d'un tel travail. Concentration des acteurs oblige (40% du pôle), on remarque que Rennes constitue bien évidemment «le moteur d'Images& Réseaux», commente Bertrand Guilbaud. Mais au-delà de cette évidence, on peut constater quelques surprises. «La Loire-Atlantique est par exemple passée devant le Finistère en termes de membres et de projets», poursuit le directeur général. Un département et une métropole, Brest, pourtant dotés de mastodontes du secteur comme Télécom Bretagne, DCNS, l'UBO, l'ENIB, Thalès, etc. Pas suffisant néanmoins pour dépasser des Nantais forts de leur tissu de PME. «C'est La conséquence d'un appel à projets lancé depuis 2008. Des projets de 24 mois, plus petits, et d'environ 1M€ d'investissement.» Des conditions qui favorisent donc les PME nantaises. Autre constat, la faible participation des PME et académiques morbihannais aux projets collaboratifs. «Entre l'Ille-et-Vilaine et le Finistère ou Lannion, il y a un rapport d'un à trois, indique Bertrand Guilbaud. Avec le Morbihan, il est d'un à six.»
Un Morbihan «en marge»
Le Morbihan, un département qui reste donc «en marge et a du mal à rentrer. On n'arrive pas à les embarquer dans des projets collaboratifs. L'innovation collaborative en Morbihan marche moins bien que dans les autres départements bretons», regrette le directeur général. Un comble pour un territoire qui a vu naître les fondateurs d'Ubisoft, empire du jeu vidéo (famille Guillemot). Une PME, au passage, qui n'est pas membre du pôle. Alors, pourquoi ce vide? «Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de belles PME dans les TIC», précise le dg. La raison avancée serait la physionomie des entreprises technologiques morbihannaises. «Elles sont très orientées business, avec pas mal d'acteurs de la production audiovisuelle.» Donc moins intéressées par des travaux de recherche en commun. Autre enseignement, on constate peu de liens entre Nantes et Brest/Lannion. «On voit qu'ils passent par Rennes.» Preuve supplémentaire du lien croissant entre la capitale bretonne et la Cité des Ducs, cher à nos élus. Au-delà des relations interterritoires, les zooms sur les villes sont également intéressants à observer. «On voit par exemple peu de maillage à Lannion. Les acteurs vont chercher des partenaires à l'extérieur. Dans le Trégor, ils ne bossent plus ensemble. Alors qu'à Nantes, tout comme à Brest, c'est plutôt l'inverse.»
Le cas lannionnais
Pourquoi les Lannionnais rechignent-ils donc à travailler ensemble? «C'est peut-être la marque de territoires moins denses, avec des PME qui se connaissent déjà», avance comme hypothèse Bertrand Guilbaud. Et c'est vrai que lorsqu'on connaît son voisin, on a déjà identifié ses qualités, comme ses défauts... «Et puis le brassage, avec la multiplication de nouveaux arrivants, favorise des villes comme Rennes et Nantes.» Plus globalement, cette carte montre aussi le poids des PME dans le pôle. «Quand je suis arrivé en 2009 (dans le pôle, ndlr), on m'a dit "C'est un pôle de grands groupes, fait par les grands groupes, pour les grands groupes", commente le directeur général. Avec nos cartes, on voit désormais que les PME (157 sur 221 membres) tirent leur épingle du jeu!»
Exclusif Cartographier les projets collaboratifs associant les sociétés technologiques de l'Ouest, c'est désormais possible grâce au projet VizIR. Le pôle de compétitivité Images et Réseaux dévoile ses résultats au Journal des entreprises.