Phosphotech cherche à se doter de sa première usine. Un projet ambitieux pour cette PME qui transforme des produits de la mer en ingrédients nutritionnels. L'entreprise herblinoise externalisait jusqu'alors sa production au sein de cinq usines basées en France, en Espagne et en Allemagne. «Nous sommes devenus trop dépendants de nos sous-traitants. Avec la croissance importante que nous connaissons, nous ne pouvons pas continuer à externaliser la production. Il faut que nous nous sécurisions», explique Gwenaël Baudimant, qui a créé Phosphotech fin 2000. Du coup, ce docteur en chimie de l'école Centrale passé par l'Ifremer envisage de construire une usine de 3.000m² au Nord de l'agglomération nantaise, pas très loin du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un projet colossal pour cette PME de 30 salariés. Estimé entre sept et huit millions d'euros, l'investissement pourrait générer la création de trente emplois. «Le site est identifié, tout est prêt. Mais le climat anxiogène nous amène à y aller un peu plus lentement», poursuit le dirigeant. L'usine pourrait donc mettre une trentaine de mois avant de sortir de terre. L'activité de Phosphotech est, elle, en pleine effervescence. Après avoir dégagé cinq millions de revenus en 2010/2011, Gwenaël Baudimant table sur six millions de chiffre d'affaires sur l'exercice 2011 / 2012 qui se clôturera fin mai. Et ne cache pas son ambition d'aller beaucoup plus loin: «L'objectif, c'est de devenir le leader de l'ingrédient marin».
50% de l'activité à l'export
Surfant sur la vague des produits naturels, la PME présente une clientèle très diversifiée, tant sur le plan géographique que sectoriel. Ses huiles, ses poudres ou ses capsules-elle en fait fabriquer 400millions chaque année-, séduisent aussi bien la nutrition animale, l'agroalimentaire, le cosmétique que la pharmacie. Dénominateurs communs à tous ces produits? «Ils sont d'origine marine et contiennent des molécules actives», explique Gwenaël Baudimant. Ces ingrédients sont utilisés par des industriels dans la fabrication de crèmes antirides, de produits favorisant les articulations des chevaux de course ou l'oxygénation du sang. D'autres, des compléments nutritionnels, sont vendus sous la marque Laboratoire Beauchamp, créée il y a deux ans par Gwenaël Baudimant. Près de la moitié de la production est exportée. S'il cherche à s'ouvrir de nouveaux débouchés notamment en se dotant d'une branche pharmaceutique, le Nantais s'efforce surtout de sécuriser ses approvisionnements.
Soucis d'approvisionnement
«Nous perdons aujourd'hui des marchés, car nous manquons de matière première», confie t-il. Le dirigeant est en perpétuelle quête d'algues, de coquilles d'huîtres, de déchets de poissons, etc. Des produits qui proviennent surtout des mers d'Asie et d'Amérique du Sud, «notre grand supermarché». Très peu des côtes françaises. «La quantité débarquée n'est généralement pas suffisante, et la filière de collecte n'est pas organisée», estime le chef d'entreprise. Cette étonnante situation, compte tenu des difficultés structurelles de la pêche française, ce quadragénaire issu d'une famille de marins de Binic, dans les Côtes d'Armor, voudrait réussir à la faire évoluer: «Mon rêve serait qu'une filière de collecte et de pré-transformation des co-produits de la mer se créée en France». Et ce n'est pas la matière première qui manque, assure Gwenaël Baudimant: «Les deux tiers d'un trait de chalut ne sont pas valorisés et, sur le tiers qui est amené à terre, seulement 40% le sont. Il y a donc un énorme gâchis. C'est malheureux de jeter aux crabes une matière première qui peut amener de l'argent aux pêcheurs. Surtout que ce ne sont pas les marchés qui manquent».
Phosphotech
(Saint-Herblain) P-dg: Gwenaël Baudimant 30 salariés 5M€ de chiffre d'affaires 02 28 03 14 77