En 2032, Phoenix Manufacture devrait employer 300 personnes dans sa "megafactory" de fabrication additive métal, sur les 32 000 m2 de l’ancienne base Intermarché d’Alloinay (Deux-Sèvres), en pays mellois. "Ce sera la première usine européenne de cette taille sur ce segment", selon son dirigeant. La start-up industrielle y aura injecté 60 millions d’euros. La production sortira d’imprimantes 3D gigantesques (modèle NGX), de 24 tonnes, 6 mètres de haut et 60 m2 d’emprise au sol.
Chaque unité coûte 3 à 4 millions d’euros. Phoenix Manufacture en a commandé cinq auprès du constructeur allemand SLM. Pour se financer, la start-up basée à Niort clôt en février une première levée de fonds de 20 millions d’euros, qui se traduit par l’arrivée au capital d’un investisseur privé (encore non révélé). Cet apport de fonds va en outre permettre d’actionner les leviers bancaires.
L’Europe est en retard
Ces chiffres sont vertigineux pour une jeune société créée en mai 2024, mais à la hauteur du marché envisagé : celui de la fabrication additive métal industrielle. "Contrairement aux États-Unis et à la Chine, l’Europe est en retard sur la production de masse avec la fabrication additive métal", explique Marco Calcamuggi, PDG de la structure, l’un des sept associés fondateurs.
La fabrication additive permet de produire des pièces inaccessibles à l’usinage classique. Elle peut en sortir de très grands volumes. Elle peut également réaliser des pièces de grande dimension, ce qui intéresse l’industrie nucléaire ou aérospatiale.
Déjà une usine temporaire, "la plus grosse en France"
Phoenix Manufacture a prévu une montée en puissance rapide de ses activités. Déjà, une usine temporaire a été installée dans les locaux d’un partenaire, Pantomeca, à Niort (une trentaine de salariés, 14 M€ de CA 2023). Ces six machines de taille moyenne représentent aujourd’hui "la plus grosse capacité en fabrication additive métal en France", selon Marco Calcamuggi.
Par ailleurs, la première des cinq imprimantes NGX fonctionne également, sur le site du fournisseur allemand. Ainsi, l’activité de Phoenix Manufacture est-elle lancée pour répondre aux premières commandes.
La première imprimante sur site en juin 2025
L’accélération du projet prendra corps lorsque sera signé le contrat avec le groupe Etche, propriétaire de l’ancienne base Intermarché d’Alloinay, classée parmi les 55 sites industriels clés en main de France 2030. Prévue en décembre, la signature a été différée à mars 2025, compte tenu des turbulences gouvernementales et budgétaires du moment. Phoenix Manufacture envisage de rapatrier sa première imprimante en juin, puis la suivante deux mois plus tard, et les autres sur le même rythme jusqu’au début 2026.
Un partenariat sur les micro-générateurs nucléaires
Phoenix Manufacture réalise trois métiers : la sous-traitance est le plus évident. Ce service intègre l’accompagnement des clients dans une démarche "Design to product". Ce sera le cas pour le récent partenariat annoncé avec la start-up francilienne NAAREA pour concevoir et produire des composants nécessaires à la fabrication de micro-générateurs nucléaires innovants.
"Cela ne représentera pas un gros chiffre d’affaires avant 2029, mais c’est un partenaire très important pour nous, car le domaine nucléaire requiert le niveau d’exigence maximum. Nous voulons démontrer que nous avons la capacité d’y répondre", commente Marco Calcamuggi.
Des micro-usines d’impression 3D
La jeune entreprise conçoit également un produit propre : des micro-usines mobiles, donc déplaçables chez le client. Il s’agit de containers équipés d’imprimante 3D métal, et de son environnement de fonctionnement. Une première micro-usine a été commercialisée, trois autres sont en cours de fabrication. Troisième métier : la start-up envisage la production et la commercialisation de pièces sous licence.
Les associés portent le projet d’obtenir la certification internationale Living building challenge, impliquant une réflexion approfondie sur les approvisionnements, les flux, la qualité de vie au travail, etc. Ils envisagent également de créer une Academy, centre de formation sans diplôme pour spécialiser des opérateurs sur la fabrication additive.
Des îlots comme ateliers décentralisés pour les partenaires
Le projet prévoit en outre de consacrer 10 000 m2 de locaux à l’implantation d’îlots pour les partenaires. Cela permettra un transfert rapide des pièces produites pour leur assemblage par le client. "Nous allons ainsi réduire l’impact carbone et cela va favoriser l’emploi. Nous espérons créer une émulation dans l’écosystème local. Nous prévoyons un facteur quatre sur les emplois indirects générés par l’usine", expose le dirigeant.