Philippe Rucheton, sociologue et directeur de recherche au Centre de Communication Avancé (92), étudie les évolutions de styles de vie, et les priorités des Français. Il constate que les comportements des consommateurs sont bouleversés. «La notion de pouvoir d'achat est un élément assez perturbant, car elle fait prendre conscience aux gens de ce qu'ils ne peuvent pas acheter, annonce d'emblée le sociologue. Il en ressort donc un sentiment d'injustice sociale et de frustration». Mais les consommateurs vont toujours acheter. Ils vont toutefois dépenser différemment: «ils vont être moins attentifs à la marque, et privilégier le discount ou l'internet».
Offrir plus de proximité
Les commerçants, face à cette évolution des manières d'acheter vont s'adapter. «Les grands distributeurs diminuent leurs surfaces de vente pour offrir plus de proximité au client et moins le solliciter. Les grandes surfaces retrouvent une dimension humaine», constate Philippe Rucheton. C'est le cas par exemple chez Géant, à Saint-Grégoire, où de multiples petits espaces bien distincts ont été aménagés (espace boucherie, boulangerie, culture, accessoires cuisine, vins...). Dans le commerce traditionnel, «la carte à jouer est celle de la proximité. Il doit réaffirmer son identité, sa personnalité, et sa capacité à recréer du lien social. Ils ont une opportunité historique de se réactiver, car c'est le supplément d'âme dont ont besoin les gens en ce moment», estime le sociologue. L'enjeu des territoires est donc «de ne pas désertifier les centres-villes, au contraire. Il faut faire revivre les centres et les quartiers plus que les périphéries, pour recréer encore du lien social». La mutation semble en marche, puisque d'après Philippe Rucheton, les élus en ont, eux, déjà bien conscience. Mais tout est affaire de patience, pourvu que commerçants et élus s'entendent. «La politique d'une ville ne peut pas se faire sans le commerce».
Alors que le gouvernement a fait du pouvoir d'achat des Français une priorité, les comportements des consommateurs sont en fait bouleversés. Le rôle du commerce est alors bien plus vaste que celui de donner de la satisfaction au client. Il doit être, pour Philippe Rucheton, sociologue, un vecteur de lien social.