En décembre dernier, vous avez créé le collectif Défense PME. Quel est l'objectif de ce groupement?
L'objectif est de faire entendre la voix des petites entreprises qui n'en peuvent plus d'être seules à payer la crise. Tous les jours, des PME se meurent. 800.000 emplois détruits en 10ans, ça suffit! Comme nous sommes seuls, nous avons décidé de nous prendre en main. Aujourd'hui, le collectif compte plus de 200 membres partout en France. Notre objectif est d'atteindre les 1.000.
Contre qui êtes-vous en colère?
Nous sommes très en colère contre l'État et contre les banques. Au moment de la crise de 2008, l'État a su trouver, en trois jours, 589milliards d'euros pour engraisser les banques. Alors qu'elles ont spéculé et restent les principales responsables de la crise. Nous, nous n'avons eu que les coups de bâton.
Y a-t-il un avant et un après crise dans vos relations avec les banques?
Depuis la crise, il n'y a plus aucun financement
, sauf pour les très riches. Mais pour la majorité des TPE et PME, les banquiers ne prêtent pas. Ils nous proposent soit de déposer le bilan en laissant nos dettes à l'État, puis de rouvrir l'entreprise sous un autre nom, soit d'emprunter de l'argent auprès de nos salariés ou de nos amis et proches. Aujourd'hui, les banquiers sont des créateurs de chômage et des destructeurs de tissu industriel.
N'existe-t-il pas d'autres recours, comme Oséo?
C'est pareil, c'est pour les riches. Oséo n'est qu'une caution lorsqu'on a déjà obtenu un prêt. C'est inadmissible qu'Oséo soit caution des banques! Elles doivent prendre un minimum de risque pour financer les entreprises. La BCE a rouvert le robinet des prêts à
1% pour les banques, mais elles ne nous prêtent toujours pas. Après, elles vont spéculer sur la dette grecque! Et quand François Drouin, le P-dg d'Oséo affirme que les entreprises «n'ont pas de problèmes spécifiques de trésorerie», on se dit qu'il vit sur une autre planète!
Pensez-vous qu'en France, les petites entreprises sont plus mal traitées que dans d'autres pays?
Oui, je pense. En Allemagne par exemple, quand vous demandez un prêt, les banques regardent votre carnet de commande, la cotation de vos clients, la qualité de votre parc machines et de vos salariés. Lorsqu'elles estiment qu'il y a du potentiel, elles prêtent et à des taux pas trop élevés. On nous donne sans cesse l'Allemagne en exemple. Les hommes politiques devraient regarder de plus près ce que font nos voisins.
Quelles mesures préconisez-vous pour financer les PME?
Nous réclamons de l'argent public à des taux corrects
et nous souhaitons que l'octroi de prêts soit décidé par des chefs d'entreprises en activité. Nous revendiquons aussi une baisse de 20% des charges sociales pour les PME et TPE. Ce n'est pas avec 1,5 point de moins qu'on redeviendra compétitif face à la concurrence mondiale. Nous voulons également réduire l'impôt sur les sociétés à 15%. Total paie seulement 6% d'IS, alors que nous en payons 39%. Il faut inverser la tendance.
Quelles mesures mettriez-vous en oeuvre pour aider les entreprises en difficulté?
Nous souhaitons l'interdiction immédiate du système mafieux de reprise des entreprises en liquidation qui règne actuellement. Quelqu'un peut reprendre une entreprise pour 5.000euros alors que ses actifs valent peut-être un ou deux millions. Il est considéré comme le sauveur et il obtient plein d'argent d'un coup: des primes à l'emploi, des aides régionales à la reprise d'entreprises en difficulté, etc. Alors que le pauvre entrepreneur qui n'a pas pu éviter la liquidation de son entreprise parce qu'il n'a reçu aucun prêt, aucune remise de majoration de l'Urssaf, il n'a pas le droit au chômage et en plus il se fait traiter de mauvais gestionnaire et de patron voyou. Mais il y en a marre de ce pays de fou!
Vous avez organisé en février une manifestation devant l'antenne de la Banque de France à Mulhouse. Avez-vous prévu d'autres opérations avec le collectif?
Oui notre objectif est de fédérer 1.000 chefs d'entreprises et d'organiser une grande manifestation à Paris avant les élections présidentielles. Nous serons enchaînés et nous porterons des masques de têtes de morts. Nous ferons également la grève du paiement de nos charges sociales. C'est notre seule arme. Ce sera ça ou attaquer l'État devant la Cour européenne. On ne le fait pas de gaieté de coeur, mais là, on joue notre survie. On n'y arrivera peut-être pas, mais au moins, on aura essayé.
financement Gérante de MGAD, une entreprise d'usinage de précision à Sentheim, Patricia Koch a lancé, fin 2011, le collectif Défense PME. Elle lance un cri d'alarme sur l'état de la trésorie des petites entreprises qui ne parviennent pas à trouver le soutien des banques.