Une usine sans investissements n'a pas d'avenir. Le spécialiste des pièces de raccordement pour les fluides industriels Parker Legris le sait bien. 2013 sera d'ailleurs une année faste en termes de sommes injectées pour son site spécialisé en éléments liés à la transmission pneumatique, à Muzillac. Avec près de 750.000 euros investis dans trois machines. L'une d'elles permet de passer d'une production de 1.700 pièces à 3.300 pièces par heure. Les temps sont pourtant durs pour les usines françaises avec une baisse de 5,5 % de la part de l'industrie dans la valeur ajoutée en onze ans. Alors que les coûts salariaux unitaires ont augmenté de 5 % dans le même temps. Le site de Muzillac, où les 3x8 sont de rigueur, a d'ailleurs supprimé en 2009 les équipes qui intervenaient le week-end pour les répartir en semaine.
De Muzillac à la Belgique
Parallèlement, sous l'impulsion de son nouvel actionnaire, l'américain Parker Hannifin, l'usine a été réorganisée à partir de juillet 2010 selon les canons du "Lean Manufacturing" cher au Nippon Toyota. Philippe Hamel, directeur de production montre ainsi les "Kanban" (carte en Japonais), fameuses fiches cartonnées qui s'empilent sur les conteneurs en fonction des commandes. « Elles permettent de mieux maîtriser les stocks, si il n'y a plus d'étiquettes en vue, on arrête de fabriquer », explique Philippe Hamel. « Un peu comme on surveillerait les niveaux dans une épicerie. Grâce à des lignes tracées sur le sol, chaque chariot a aussi une place logique, ce qui permet la meilleure productivité possible. » Une nécessité lorsqu'on sait que le groupe Parker évolue sur un marché mondial. En effet, sa division FSCE (ex-Legris) à laquelle appartient le site de Muzillac, développe, fabrique et commercialise des solutions de connectique industrielle pour des clients finaux partout dans le monde, aux profils très variés : emballage, textile, automobile, imprimerie, agroalimentaire, chimie... « Face à nos concurrents allemands, japonais, coréens ou chinois, notre objectif est d'apporter à nos clients le taux de service le plus satisfaisant », remarque Philippe Hamel. Depuis le site de Muzillac part tous les matins une navette de produits qui se rend à Baye près de Fougères en Ille-et-Vilaine. Les pièces y sont conditionnées puis réexpédiées à Herstal, près de Liège en Belgique. Avant d'être redirigées dans toute l'Europe vers les distributeurs de Parker Legris, qui font eux-mêmes le lien avec les professionnels et clients finaux. « Tous nos produits bénéficient d'une traçabilité qui permet de déterminer en moins de deux heures combien de pièces sont éventuellement incriminées, quel jour elles ont été produites... », signale Philippe Caudard, responsable de production. Une fois le produit daté, il lui est inséré un joint d'étanchéité. Le résultat final ressemble à des pièces de jeu de construction en plastique noir, parfois bariolé de bleu, de jaune. « Une petite série, c'est 100.000 unités maximum mais dès 2.000 pièces, cela devient intéressant à produire », souligne Philippe Caudard. D'où la survivance d'îlots d'assemblage manuels. En amont de l'assemblage automatique, l'injection plastique revêt une importance primordiale. Environ trois tonnes de matière plastique sont livrées à l'usine chaque semaine. Vu le prix de la ressource - 30 euros le kilo dans certains cas - arrivant parfois par container d'1,1 tonne, la plus infime chute de matière est recyclée.
Des portes de TGV à la C4
Le moule est une pièce stratégique. Garanti pour permettre un million d'injections - et le compteur tourne vite. Si la "bibliothèque" d'environ 540 moules de Muzillac disparaissait, l'usine devrait attendre deux ans avant de produire à nouveau des composants décisifs dans les fameuses portes à air comprimé entre les compartiments des TGV. Ou des éléments du mécanisme qui permet de régler la hauteur et l'inclinaison des sièges du modèle de voiture C4. C'est aussi à Muzillac que sont fabriqués les raccords instantanés les plus vendus par la division FSCE de Parker Legris.
Ses précédents actionnaires majoritaires Yvon Jacob - président d'honneur de Legris Industries - et Pierre-Yves Legris - président du conseil de surveillance - étaient déjà considérés comme les plus grandes fortunes bretonnes avant de revendre à Parker Hannifin. Cette alliance a d'ailleurs fait passer l'entreprise dans une autre dimension. Avec 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires, Parker Hannifin est en effet leader mondial des technologies du mouvement et du contrôle, fournisseur de marchés très divers dans l'industrie et l'aéronautique. Le groupe emploie 58.000 salariés dans 50 pays et compte 316 sites de production. Dont six sites bretons, incluant dans le Morbihan des implantations à Malestroit et Guer.
Parker Legris
(Muzillac) Directeur : Guy Duhamel Effectif : 135 personnes Chiffre d'affaires division FSCE 2012 : 200 millions d'euros Tél. : 02 97 41 66 83.