Depuis ce premier semestre 2026, une timide activité nouvelle est apparue dans les bureaux d’Idemeca (CA : 3 M€, 23 collaborateurs) à Nouaillé-Maupertuis, dans la couronne sud de Poitiers (Vienne). La petite PME industrielle a vu passer un expert en assurances… : il était venu travailler dans les bureaux du rez-de-chaussée. Dans l’impossibilité provisoire de télétravailler à domicile, il a loué un bureau dans le nouvel espace de coworking L’Antre-Temps. S’étendant sur plus de 200 m2, celui-ci comporte une salle ouverte de coworking et trois bureaux individuels.
Des bureaux inoccupés
Idemeca est spécialisé dans la fabrication de vérins hydrauliques sur mesure (70 % de son activité), pour l’industrie off-shore, la marine, le secteur de l’environnement, etc. Usinage, sablage, peinture : une vingtaine de machines occupent les 4 000 m2 de l’atelier. Mais à côté se trouvent 500 m2 de bureaux sur deux niveaux, une surface bien trop grande pour les besoins actuels. "Le site date des années 80. Avant, c’était une entreprise de boissons, dont les ateliers ont été transformés. À l’époque, ils avaient plus de personnel dans les bureaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui", raconte Neil MacLeod, PDG d’Idemeca depuis 2012. Seules cinq personnes officient aux services administratifs, regroupés au premier étage. "Il nous restait de la place : tout le rez-de-chaussée."
Cette situation prévaut depuis plusieurs années. Neil MacLeod a pensé partager cet espace disponible et l’a fait savoir à la communauté de communes, puis à l’Association des acteurs économiques de Nouaillé (Adaen). Deux adhérents de l’association avaient déjà géré un espace de coworking à Poitiers et ont vu l’intérêt de cette proposition locale. Dans un rayon de 10 km, on touche Poitiers et son agglomération. Adaen et Idemeca ont donc fait affaire. L’Antre-Temps est né.
Une approche "vintage"
La PME met à disposition ses locaux gratuitement, par le biais d’un contrat de mécénat, qui donne un cadre juridique. L’Adaen se charge de gérer le lieu et de percevoir les loyers. Ceux-ci sont moitié moins chers que le marché (5 € la demi-journée, 160 € le mois). En effet, on est loin des standards des espaces de coworking neufs. "Ici, on a une approche vintage", sourit le dirigeant. Façon de dire que les murs ont un certain âge. "Nous avons préparé les locaux en 2025, sollicités une entreprise de nettoyage et fait appel au volontariat de l’Adaen. Nous n’avons pas réalisé d’investissements lourds pour aménager les lieux", explique le dirigeant. Toutefois, équipement et internet haut débit assurent de parfaites conditions de travail.
Sortir de sa tour d’ivoire
Idemeca ne gagne rien en termes d’activité, la motivation du dirigeant est ailleurs. D’abord, "c’est toujours mieux d’utiliser des espaces vides, les locaux vieillissent mieux", glisse-t-il. Mais surtout, s’ouvrir à des coworkers et des entrepreneurs indépendants "donne une opportunité pour notre personnel de créer des échanges avec d’autres métiers. On se rend compte qu’on peut avoir des problèmes similaires, même s’ils se présentent différemment". Neil MacLeod tire sa conviction de son expérience personnelle : cet Écossais est arrivé en France en 1988. "Je travaillais dans la finance. Par cette activité, je devais régulièrement sortir de ma tour d’ivoire", au contact d’autres réalités. Convaincu que l’ouverture vers l’autre est un enrichissement, "j’essaie de ramener cela de mon expérience antérieure".
"Beaucoup de gens n’ont jamais mis les pieds dans une usine. Ils imaginent encore que c’est Germinal."
Sur le long terme, le dirigeant voit dans cette initiative une façon de promouvoir l’industrie. "Beaucoup de gens n’ont jamais mis les pieds dans une usine. Ils imaginent encore que c’est Germinal. C’est catastrophique. C’est pourquoi il est important de s’ouvrir et d’en parler, de dire qu’avec une formation de tourneur, on a un métier assuré, quand d’autres professions sont bousculées aujourd’hui par l’IA. Le tri du col bleu a déjà été fait, aujourd’hui, c’est le col blanc", commente-t-il. Ce discours peut être porté au sein même de la commune, "ville-dortoir du personnel de l’hôpital" (donc éloigné de l’industrie).
La magie de la machine à café
Pour que les interactions naissent entre l’Antre-Temps et Idemeca, l’entrepreneur mise sur la machine à café. "Elle créée une dynamique : on aborde un sujet et on y revient le lendemain pour y répondre. Cela maintient le lien".
L’ouverture de cet espace est récente. Peu de coworkers ont franchi le seuil d’Idemeca et il est trop tôt pour avoir des retours significatifs. "Il va falloir que cela entre dans les mœurs", commente le dirigeant. Mais il est confiant et patient. D’autant que "nos locaux vont être libres pendant longtemps".