Si vous souhaitez progresser en logistique, ne commettez pas l'erreur de penser que l'amélioration peut être menée en solo par votre responsable logistique. «Mettre en place une logistique structurée n'est surtout pas l'affaire des seuls logisticiens, mais celle de l'entreprise dans sa globalité. Il faut être transversal. Dans tout cela, le logisticien n'est qu'un chef d'orchestre», insiste Didier Aivazoff, cogérant du cabinet de conseil en logistique Dialogis.
Dialoguer pour arbitrer les dilemmes
Pour bien procéder, pas besoin d'investissement financier, mais juste de temps: il faut asseoir des représentants de tous vos services autour d'une table afin de prendre en compte toutes les problématiques. Celles-ci sont en effet souvent antagonistes, et peuvent entraîner des poches d'inefficacité. «Les intérêts de tous sont différents: vos commerciaux vont par exemple vouloir du stock à profusion pour pouvoir réaliser systématiquement leurs ventes. Mais votre directeur financier, lui, ne veut pas de ces surstocks, qui peuvent entraîner des pertes. Et vos RH vont tiquer si l'écoulement rapide de ces surstocks se fait dans une période de sous-effectif. Il faut donc analyser les problématiques de chacun, puis trancher pour mettre fin à ces dilemmes: déterminer sur quels produits on peut se permettre d'avoir du surstock, les périodes pendant lesquelles l'activité est la plus faible et permet de réduire ce dernier,etc.», explique Didier Aivazoff. Dans ce travail de concertation, le directeur logistique doit animer les débats, mettre chacun sur le même plan et recueillir les données fournies par les services et voir, in fine, comment répondre au mieux aux contraintes de tous. Selon sa complexité, ce processus peut pendre, entre l'analyse, le diagnostic, l'organisation et l'éventuelle formation, jusqu'à huit mois. Pour l'enseignant-chercheur en logistique Romain Lambert, il faut aussi que chaque entreprise apprenne à connaître «l'histoire de ses produits» via un travail de cartographie qui va, lui aussi, bien au-delà des frontières de chaque service de l'entreprise.
Bien connaître «l'histoire» de ses produits
«Lorsqu'on produit et vend de la langue de boeuf sauce piquante et que l'on se fournit en matière première au Brésil, il existe une chaîne logistique d'une vingtaine d'acteurs dont beaucoup d'entreprises connaissent mal les chaînons: qui sont les transitaires, quelles sont les plateformes de distributions, par quels ports les produits transitent, quelles sont les tailles de lots et les moyens de transports utilisés à chaque étape,etc.? Lorsqu'on arrive à se doter de cette vision globale, on se rend souvent compte de bêtises qui entraînent des surcoûts. Et elles sont souvent facilement modifiables», expose-t-il. Selon cet expert, cartographier complètement la chaîne logistique relative à un produit précis peut se faire, en parallèle à d'autres tâches, en moins de deux mois.
Atteindre la meilleure performance logistique n'est pas qu'une affaire de logisticiens. Pour y arriver, il faut faire asseoir tous vos services autour d'une table.