Anciennes carrières de pierres, souvent reconverties en champignonnières ou pour y stocker du vin, les galeries souterraines ou troglodytes du Saumurois vont-elles devenir une mine de technologies ? Quelque part entre Saumur et Fontevraud, dans un lieu tenu secret, des recherches sont en cours pour installer sous terre des data centers, ces salles remplies de serveurs destinés à héberger des données informatiques à distance. Un démonstrateur de ce type devrait voir le jour au printemps 2015. Science-fiction ? Pas si l'on en croit le consortium à la tête du projet. Consortium piloté par la société publique de l'Abbaye de Fontevraud (Sopraf), dont le rôle est de favoriser le développement local, et qui réunit autour d'elle des acteurs nationaux (1).
Climatisation naturelle
Mais pourquoi choisir les caves du sous-sol Saumurois, à l'heure où les data centers poussent partout ? Pour la même raison qu'on y entrepose son vin : la fraîcheur. L'un des grands enjeux de l'informatique étant aujourd'hui de réduire les dépenses énergétiques liées au refroidissement des serveurs. « Une fois payée l'alimentation des serveurs, les dépenses de refroidissement renchérissent de 30 % la facture » chiffre Christian Herrmann directeur infogérance chez Sigma, un spécialiste du stockage de données, suivant de près les travaux. Si les résultats des tests sont concluants, le Nantais envisage d'installer lui-même un data center troglodyte. « L'avantage des galeries est qu'il y règne une température de 11 à 12 degrés environ, peu importe la saison ou l'heure de la journée, sachant que la température idéale d'un data center est de 20 degrés », explique Mathieu Chazelle, ingénieur chez Enia. Une fraîcheur constante, obtenue grâce aux propriétés thermodynamiques de la pierre de tuffeau.
« Nouveau modèle économique »
Pour Laurent Trescartes, consultant chez Critical Building, il s'agit tout simplement d'un « nouveau modèle économique » en création. « Outre les économies d'énergie en termes de climatisation, intégrer des galeries existantes devrait faire chuter les coûts et les délais de construction, commente-t-il. Et l'intégration au paysage est parfaite ». Quant à l'espace disponible, le consortium ne voit pas de limite dans l'immédiat. « Il existe des milliers de kilomètres de galeries, explique David Martin, directeur général de l'Abbaye de Fontevraud. Dans certaines d'entre elles, on pourrait rouler en semi-remorque sur plusieurs kilomètres ! »
Mini data center au printemps
Tous les conduits ne sont pas exploitables pour autant. Après avoir été filmées, les galeries ont notamment été modélisées en 3D pour en étudier les dimensions, les défauts éventuels etc. Des tests de dégagement de chaleur ou encore l'étude de la faisabilité des raccordements haute tension et en fibre optique etc., devraient s'achever au printemps prochain. Un démonstrateur, c'est-à?dire un petit data center expérimental sera alors installé sous terre. Doté de quatre baies de serveurs, d'une puissance totale de 20 kW (l'équivalent des besoins d'une entreprise de 1.000 salariés), il fonctionnera sans climatisation.
300.000 euros injectés
Ces premières phases du projet représentent un investissement global de 300.000 euros, porté par le consortium et les collectivités (à hauteur de 60 %), principalement la Région, mais aussi le conseil général de Maine-et-Loire, l'agglomération de Saumur... Si la deuxième phase s'avère concluante, la création d'un data center fonctionnel pourrait être annoncée à partir de l'été 2016. Pour la petite histoire, l'idée a émergé de la volonté d'élus locaux comme Jackie Goulet, premier adjoint au maire de Saumur, qui souhaitaient valoriser ce « monde souterrain ». Un pari un peu fou. Avec à la clé, l'espoir de créations d'emplois directs et probablement indirects, pour un territoire qui a souffert de nombreuses fermetures d'entreprises. Après la culture des champignons, Saumur fera-t-elle pousser les start-up ?
(1) Le cabinet d'Architectes Enia, l'opérateur télécom Céleste, le Bureau d'études Elioth, le bureau d'études Critical Building.
Un consortium s'apprête à installer un data center expérimental dans les galeries souterraines du Saumurois. Objectif : utiliser la fraîcheur des caves comme un système de refroidissement naturel. Et donc limiter la consommation énergétique des serveurs informatiques.