Numérique : « Les entreprises nantaises peinent à recruter »
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Numérique : « Les entreprises nantaises peinent à recruter »

Un millier d'informaticiens sortent des écoles nantaises chaque année. Pour Jean-Paul Chapron, le délégué régional du Syntec, le syndicat professionnel du secteur, il en faudrait le double pour répondre aux forts besoins de recrutement des entreprises. Pourtant, le taux de chômage dans les métiers du numérique est de 9 %...



Jean-Paul Chapron, vous êtes P-dg de la société de services numériques nantaise ASI (320 salariés) et délégué régional du Syntec, syndicat professionnel des entreprises du numérique. Les entreprises du secteur ont créé plus de 4.000 emplois nets ces six dernières années à Nantes. Cette dynamique est-elle toujours d'actualité ?


« On a eu ces dernières années à Nantes une très forte croissance des effectifs des métiers du numérique. Aujourd'hui, les entreprises peinent à recruter. Ce qui freine les entreprises, c'est le manque de candidats. Il y a sur le territoire des start-up, comme Lengow et iAdvize, qui ont de gros besoins. Il y a aussi des mastodontes comme Capgemini ou Steria qui cherchent aussi à recruter en nombre. On est clairement confronté à une saturation du sourcing. On a de super écoles à Nantes, mais elles n'arrivent plus à fournir suffisamment de diplômés.




Combien d'informaticiens sortent des écoles nantaises et combien en faudrait-il ?

« Il y a environ un millier de diplômés issus des écoles nantaises par an. On a besoin du double. On estime en effet à 2.000 les besoins de recrutement annuel des entreprises de l'agglomération. Alors attention, je ne parle pas de recrutements nets, car ce chiffre inclut le turn-over. Mais ce qui est certain, c'est que les entreprises ont besoin de jeunes. Surtout que certains secteurs, je pense aux entreprises de services numériques, sont aussi confrontés à des pressions sur les prix. Cela a des conséquences sur la pyramide des âges et les salaires. Et les jeunes diplômés ont des salaires moins élevés que des profils expérimentés.




Filiales de groupes mondiaux, PME ou start-up : qui a le plus de mal à recruter ?

« Ceux qui ont une image mondiale ont une capacité d'attraction importante. Les start-up aussi, parce qu'elles se positionnent sur la créativité, le partage, le côté copain avec moins de hiérarchie. Les PME et les ETI recrutent aussi mais elles sont un peu prises entre ces deux mondes. Et force est de constater que les jeunes regardent davantage les grands groupes et les start-up. Pourtant, PME et ETI ont aussi des arguments à faire valoir : elles offrent plus de sécurité qu'une start-up, tout en gardant une taille humaine.




Combien de postes ne sont pas pourvus dans les métiers du numérique ?

« Je ne pourrais pas le dire. Mais il faut voir aussi qu'il y a dans ces métiers un taux de chômage de 9 %. Un certain nombre de personnes ne sont plus à la page. Dans le numérique, les technologies, les usages évoluent très rapidement. Tous les ans, apparaissent de nouveaux métiers. Et certains salariés décrochent complètement.




D'un côté, les entreprises ont du mal à recruter. De l'autre, le taux de chômage est tout juste inférieur à la moyenne nationale. Comment on règle ce paradoxe ?

« Il existe des dispositifs de formation, associant des écoles à Pôle Emploi. J'espère aussi que la « grande école du numérique » (NDLR : un appel à projets gouvernemental visant à répondre aux besoins d'emplois en favorisant l'insertion des jeunes) réussisse à amener dans nos métiers des jeunes qui ont décroché. Maintenant, j'ai deux interrogations. D'une part, est-ce que ce projet va correspondre aux exigences des entreprises ? D'autre part, est-ce que les chefs d'entreprise vont être capables de changer de paradigme et d'apporter plus d'attention à la compétence qu'au diplôme dans leurs critères d'embauche. Soyons, clairs, les employeurs ont tendance à se raccrocher au diplôme. Mais des passionnés qui ont décroché du système scolaire peuvent aussi faire de bons codeurs et de bons développeurs.

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