Augustin Jaclin et Emmanuel Bardin, 25 ans tous les deux, ont exploité toutes les possibilités de financement pour lancer Lemon tri, une société de récupération des déchets doublement innovante. Lemon tri propose aux entreprises, aux universités et aux collectivités locales d'optimiser la récupération de leurs déchets boissons par la mise en place de machines "intelligentes" qui détectent et éventuellement compactent gobelets, canettes, bouteilles avant enlèvement par des sociétés partenaires.
Deux amis d'enfance
Deuxième innovation: une incitation à la récupération par un système de points pouvant donnant lieu à la délivrance de bons d'achat dans le commerce équitable ou être transformés en micro-dons à des associations oeuvrant pour l'environnement. «Un choix largement privilégié par les entreprises qui nous ont rejoints», affirme Augustin Jaclin. Lemon tri, «c'est d'abord le projet de deux amis d'enfance», souligne-t-il. Encore étudiants, l'un à l'EDHEC, l'autre à Paris-Dauphine, ils ont la même fibre entrepreneuriale et la volonté d'un projet commun. Ils constatent alors que les entreprises françaises ont un taux de récupération de leurs déchets qui peut être amélioré. De l'idée au projet, deux ans vont être nécessaires, y compris sur le plan du financement qui porte sur un investissement initial de 100. 000 €, matériel, site web et besoins en trésorerie et fond de roulement compris.
Repéré par le Réseau Entreprendre
«Nous avons commencé par faire le tour de nos familles et de nos amis pour engranger du love money. Nous sommes parvenus à réunir 10.000 € chacun, ce qui nous a permis de faire face aux premiers frais», explique Augustin Jaclin. Dans un deuxième temps, le duo présente son projet dans plusieurs concours, avec à la clef 7.000 € de plus pour alimenter leurs fonds propres. Le projet Lemon tri est aussi repéré par le Réseau Entreprendre. «Nous avons été lauréats et nous avons reçu un prêt d'honneur de 15.000 € chacun, sans intérêt ni caution. Le fait de muscler ainsi nos fonds propres ou quasi-fonds propres nous a permis de faire effet levier pour obtenir les prêts bancaires», constate le cofondateur de l'entreprise. Côté banque «nous avons essuyé un refus du premier établissement contacté. Le deuxième a été le bon.» Lemon tri peut emprunter les 42.000 € qui lui manquent pour boucler son budget, répartis en un prêt à la création d'entreprise (PCE) Oséo de 7.000 € et d'un prêt traditionnel de 35.000€, cautionné à 70% par l'organisme public.
«Ça n'a pas été facile»
«Le montage de notre projet n'a pas été facile. Il a fallu y mettre beaucoup de coeur et d'énergie. Tout le monde, y compris les banquiers, a trouvé l'idée séduisante. L'autre argument en notre faveur, c'est que notre business n'est pas entièrement dématérialisé. Cela rassure toujours un banquier. C'est sur notre crédibilité qu'il a fallu se battre, compte tenu de notre faible expérience professionnelle. Il a fallu nous défendre corps et âmes, prouver notre envie d'y aller», constate Augustin Jaclin. Une expérience qui, un an après le démarrage de l'activité, est d'un grand poids pour les deux associés qui ont fait le choix de la société par actions simplifiées (SAS). À la fois pour la "flexibilité" qu'apporte cette forme juridique mais aussi dans la perspective d'une nouvelle levée de fonds. Un épisode dans lequel ils sont actuellement engagés, avec une vision raisonnable. «Nous privilégions à ce moment charnière l'arrivée de business angels. Nous avons été approchés par des fonds d'investissements mais nos besoins actuels sont légèrement inférieurs à leur seuil habituel. Nous préférons réserver cette option à un deuxième tour de table à moyen terme, quand les besoins d'accompagnement de notre croissance justifieront des investissements plus importants.»
Comment convaincre banquiers et investisseurs quand on n'a que 25 ans? Augustin Jaclin et Emmanuel Bardin ont frappé à toutes les portes pour réunir les 100.000 € dont ils avaient besoin.