Notre-Dame-des-Landes : Un patron breton ose dénoncer les violences
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Notre-Dame-des-Landes : Un patron breton ose dénoncer les violences

Le dirigeant d'une PME spécialisée dans le génie climatique dénonce les attaques et les menaces visant son entreprise depuis qu'elle est intervenue sur le chantier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Photo : Flickr

Rares sont les chefs d'entreprise à oser dire qu'ils travaillent sur un projet en lien avec le transfert de l'aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes. Lors de la manifestation des pro-aéroports, qui s'est tenue le 14 novembre à Nantes, la plupart des entreprises avaient ainsi camouflé les plaques d'immatriculation et les logos de leurs camionnettes de chantier. Elles craignaient d'éventuelles représailles des « zadistes », ces opposants radicaux au transfert de l'aéroport.

Jets de projectiles

Malgré ce contexte, Patrice Valantin, dirigeant de Dervenn, une société bretonne spécialisée en génie écologique, ose avancer à visage découvert. Employant une trentaine de personnes, la PME basée à Mouazé (35) s'est retrouvée plusieurs fois confrontée à la violence des zadistes. En 2012, Dervenn est sollicitée par Aéroport du Grand Ouest, la filiale de Vinci en charge de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, pour réaliser des aménagements visant à restaurer des habitats naturels près de la zone devant abriter la plate-forme. Dervenn crée ainsi des mares et des talus pour héberger des batraciens et des amphibiens. Lors de ces travaux, « nous étions accompagnés par cinq fourgons de gendarmes mobiles pour défendre l'intégrité de nos collaborateurs et de notre matériel contre la violence des zadistes. Cette protection a été utile puisqu'ils ont repoussé efficacement des attaques au cours desquelles des projectiles étaient lancés sur nos compagnons », écrit le dirigeant dans un communiqué. Quelques mois plus tard, les mares sont comblées par les zadistes. Par la suite, « nous avons été soumis à des lettres de menaces », assure l'entrepreneur. Comme cette carte à l'écriture mal assurée : « Notre oetopie (sic) est de vous contempler en train de couler. Vous verriez (sic), c'est rigolo ». Les locaux de la PME font l'objet d'une protection de la gendarmerie.

Pourquoi il témoigne

En osant dénoncer ces attaques, « j'ai conscience de prendre des risques très importants pour mon entreprise et les familles qu'elle contribue à faire vivre. J'ai cependant choisi d'agir dans la transparence et non le visage masqué et sous anonymat comme mes adversaires », affirme Patrice Valantin. Pourquoi ? « Nos anciens nous ont légué un pays libre. Ils l'ont payé par leurs efforts et parfois par leur sang, et nous devons assumer cet héritage avec courage et détermination. Pour assurer l'avenir de nos enfants, c'est à nous de lutter aujourd'hui contre la violence, quelles qu'en soient la forme et l'origine », poursuit le dirigeant breton. Ce spécialiste du génie écologique avoue être « sensible à la destruction des espaces ruraux en France », militer pour un changement radical de la société et partager certaines positions des zadistes. Comme « les injustices générées par une machine financière incontrôlée ». Pourtant, pas question pour lui d'accepter qu'« une nouvelle conception de la société soit imposée par la violence et l'intimidation, ce qui s'apparente à du terrorisme ».

Les pouvoirs publics aussi dans le collimateur

Dans sa lettre, le dirigeant n'a pas que les zadistes dans son collimateur. Il demande aussi à l'État et aux collectivités « d'être honnêtes et transparents dans leurs projets d'aménagement. Je n'ai pas la compétence pour analyser l'opportunité réelle de certains d'entre eux, mais il n'est pas acceptable de travailler dans le flou, l'indécision et les revirements comme cela est parfois le cas, facilitant ainsi les réactions des opposants. Le courage et l'exemplarité devraient émaner surtout de nos représentants politiques ».

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