En décembre 2025, l’Australie est devenue le premier pays à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, et Needemand a joué un rôle dans cette décision historique. La société montpelliéraine (10 salariés), experte en ingénierie informatique, a participé en amont à un test à grande échelle mené par le gouvernement australien auprès des fournisseurs de solutions de vérification d’âge : la technologie conçue par Needemand, qui détermine par caméra si un internaute est en dessous ou au-dessus d’un certain âge, a obtenu la meilleure note. Elle a aussitôt été retenue par de grandes plateformes australiennes pour se conformer à ces nouvelles obligations.
Son secret ? Elle analyse le mouvement de la main. "En vieillissant, le corps change, et le système nerveux, qui gère les mouvements du corps, évolue lui aussi. Il en résulte des modifications du mouvement de la main. Or, la recherche a établi un lien entre l’âge d’un individu et l’hétérogénéité du geste", explique Driss Benchakroune, président de Needemand.
Une technologie infalsifiable
La solution d’intelligence artificielle (IA) conçue par Needemand, nommée "BorderAge", a nécessité 10 ans de R & D, consommant un budget de 3 millions d’euros. La première version, commercialisée depuis octobre 2025, remporte un succès foudroyant bien au-delà de l’Australie : en deux mois, elle a été adoptée par des dizaines de grands acteurs et plateformes – dont "plusieurs GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft)", selon le dirigeant –, qui couvrent 130 pays dans le monde.
Par rapport à ses concurrents, Needemand dispose d’un argument massue : BorderAge affiche un taux de réussite de 99 %, très supérieur aux autres solutions de vérification. "Les autres techniques, qui utilisent la reconnaissance faciale, des selfies ou enregistrent des documents d’identité, sont facilement contournables ou bien sont sensibles aux biais ethniques. La nôtre est infalsifiable, car un jeune de 17 ans ne peut pas simuler les mouvements de la main d’un jeune de 18 ans", assure Driss Benchakroune.
Une demande multisectorielle
Needemand fait aujourd’hui face, d’après son fondateur, à "une demande exponentielle". En quelques semaines, l’entreprise est passée de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions de vérifications d’âge réalisées par jour. Elle recrute ses clients dans des domaines très variés, tels que les sites X, les sites de rencontre, les plateformes de crowdfunding (dont Patreon, l’un des leaders mondiaux) et de jeux en ligne, ou encore l’e-commerce, confronté à la problématique des ventes d’alcool.
Une possible hypercroissance
D’ores et déjà, Needemand projette un chiffre d’affaires "de plusieurs millions d’euros" en 2026. Mais elle voit beaucoup plus loin : elle a déjà finalisé et breveté une version 2 de son produit, qu’elle lancera l’an prochain. Selon Driss Benchakroune, elle sera basée sur une autre technologie, qui va encore renforcer sa fiabilité. "À 100 % de réussite, les plateformes n’auront plus de raison objective d’adopter une autre solution. Notre ambition est bien de prendre le marché mondial de la vérification d’âge", assure-t-il. D’après ses prévisions, Needemand devrait rapidement atteindre le statut d’ETI : à horizon 2030, l’entreprise pourrait employer de 300 à 400 salariés, et réaliser "plusieurs centaines de millions d’euros" de chiffre d’affaires.
La France à la suite de l’Australie
D’ici là, le développement autour de BorderAge est autofinancé par l’activité historique de Needemand (de la formation en IA et en cybersécurité). L’entreprise vient de déménager, louant 200 m2 sur trois sites, mais va se doter d’un bâtiment de 3 000 m2 qu’elle fait construire à proximité de Montpellier, et qu’elle intégrera d’ici l’été. De même, elle projette de doubler ses effectifs en 2026, en puisant dans les dizaines d’étudiants qu’elle forme chaque année. "La perspective d’un très gros contrat avec un groupe de taille mondiale nous amène à nous structurer rapidement", justifie le dirigeant. Et sur le marché français, Needemand devrait aussi jouer sur du velours : convaincu par l’exemple australien, Emmanuel Macron vient d’annoncer pour janvier 2026 un projet de loi interdisant les réseaux sociaux avant 15 ans.