« Ne pas aller à l'export devient compliqué »
# Conjoncture

« Ne pas aller à l'export devient compliqué »

Interview Pierre-Étienne Bindschedler, le P-dg de Soprema, revient sur 2013. Acteur d'envergure internationale, leader de son marché, le spécialiste des produits d'étanchéité est aussi solidement ancré sur le territoire alsacien où se trouve son siège et l'un de ses sites de production.



Quel bilan Soprema tire-t-elle de 2013 ?

Ce sera une bonne année pour nous, malgré un contexte économique globalement difficile. Nous aurons une croissance de chiffre d'affaires. Nos marges sont honorables. Cela est essentiellement le fruit d'un travail permanent depuis plusieurs années pour sortir des produits différents, qui s'adressent à de nouveaux marchés, et à notre développement à l'international. Nous avons beaucoup investi en R & D, notamment pour moins dépendre des énergies fossiles, ce qui nous permet, selon les cours des matières premières, d'avoir aujourd'hui des gains de compétitivité, des économies de prix. En 2013 cela continue à progresser.


Pourtant le secteur du bâtiment reste sinistré, en Alsace comme ailleurs en France...

Depuis trois ans, on fait le dos rond, il faut accepter que les résultats soient moins bons. Il faut adapter ses effectifs et ses coûts. C'est sûr, cette attitude récessive n'est pas favorable à l'expansion économique du pays. Mais il y a des éclaircies en vue. Face au manque de logements chronique en France, la construction va repartir un jour ou l'autre. En 2013, le nombre de permis de construire déposés est en chute de 13 à 20 % selon que l'on se concentre sur l'habitat collectif, individuel ou industriel, dans le neuf. Notre chance relative, c'est que 50 % de notre activité est réalisée sur des chantiers de rénovation. Nous avons un potentiel de croissance apporté par la rénovation de tous ces quartiers plus que vétustes qui entourent les grandes agglomérations françaises... Ce qui m'inquiète plus, c'est le manque d'activité dans le bâtiment industriel. Un certain nombre d'entreprises ont disparu, n'investissent plus ou vont être amenées à disparaître. La France doit être à nouveau attractive pour les entreprises...


La pression fiscale accrue et son instabilité ne jouent pas en faveur d'un plus grand dynamisme économique...

La France est un des pays les plus taxés du monde. Les entreprises allemandes peuvent distribuer des sommes importantes en dividendes alors que nous devons, du fait de la fiscalité qui pèse sur les entreprises françaises ne pas rémunérer les actionnaires si nous souhaitons avoir les mêmes fonds propres. Ce qui est dramatique, c'est que malgré des prélèvements élevés tout le monde est mécontent : fonctionnaires, profs, élèves... Les entreprises françaises affrontent la compétition internationale avec des handicaps. C'est comme si nous envoyions des sportifs faire une course en ayant un sac sur le dos rempli de pierres. On se voile la face mais si la France n'avait pas l'activité touristique qu'elle a, on serait peut-être dans une situation pire que les Grecs...


Malgré ces freins, l'Alsace reste la cinquième région exportatrice française. Mais seules 27 % des entreprises qui exportent sont des PME...

Les affaires sont difficiles depuis quelques années, les entreprises ont eu des résultats sortis avec difficulté. Certaines se montrent timides pour aller à l'export. Quand on entreprend on prend des risques en permanence, mais exporter les amplifie car on va au-devant de réglementations, de législations qu'on ne connaît pas, de langues qu'on ne maîtrise pas forcément bien, de concurrents déjà bien établis. Malgré tout, il faut y aller ! Il y a cent ans, une entreprise ayant des velléités de croissance se devait d'être nationale. Aujourd'hui elle doit être internationale. Ne pas y aller deviendra compliqué. Et c'est aussi une bonne chose car cela oblige l'entreprise à comprendre comment fonctionnent d'autres systèmes, à répondre à d'autres besoins, d'autres clientèles et ça ne peut que la faire progresser, lui permettre de s'adapter plus vite au changement.




Que vous inspire la remise du prix Nobel de chimie au chercheur alsacien Martin Karplus, qui enseigne à l'Université de Strasbourg ?

Cette information est passée à la trappe, occultée par le bruit causé par l'affaire Leonarda. C'est assez affligeant. Les types brillants dont on devrait être fiers, cela n'intéresse personne... Pourtant, trois Nobel de chimie alsaciens en 26 ans, c'est rare. La recherche est une chance extraordinaire pour notre région dans un monde qui connaît des mutations technologiques profondes. L'Alsace a été pionnière en France sur la question des énergies renouvelables. Le pôle Energivie que je préside a repris le flambeau concernant l'efficacité énergétique. Réduire le bilan carbone de nos produits, sortir de la dépendance au pétrole est une vraie gageure. Les premiers à trouver des produits biosourcés compétitifs satisfaisant la clientèle auront un avantage concurrentiel déterminant.






L'année a été éprouvante pour beaucoup de dirigeants. Quel est votre état d'esprit ?

Mon arrière-grand-père a démarré l'activité en Allemagne. En 1918, il a dû tout recommencer en France, dans un contexte géopolitique bien plus complexe qu'aujourd'hui. Il a su faire face aux difficultés sans se plaindre. Quand on est face à un mur, on cherche à le contourner. On doit travailler dans l'optique que ce que l'on fait aujourd'hui évitera les problèmes de demain. Un chef d'entreprise qui se plaint, c'est l'hôpital qui se fout de la charité. C'est son entreprise, c'est un choix personnel, on en retire des avantages, mais aussi des inconvénients. La plupart des dirigeants prennent leurs responsabilités au sérieux, se battent pour assurer le développement et la pérennité de leur entreprise. Sans demander une médaille, quelques encouragements de temps en temps ne font pas de mal !

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