Les Federzoni sont formels: ils sont producteurs! Pourtant, à la tête d'une affaire en pleine croissance aux 18M€ de CA, et d'une holding florissante, on imagine plus Jean Federzoni et ses fils la tête dans les chiffres que les mains dans la terre. D'autant que Naturdis, distributeur de produits certifiés biologiques, explose, notamment grâce au développement du bio dans la restauration collective.
Une idée qui germe en 1970
Si l'agriculture biologique ne se développe à grande échelle que depuis quelques années, Jean Federzoni n'a pas attendu qu'elle devienne tendance pour s'y mettre. En 1970, il est agriculteur conventionnel et s'empoisonne avec des pesticides. C'est alors qu'il prend le virage du bio. Pas hippy pour un sou, il passe pour un fou à l'heure de l'agriculture intensive mais est déterminé. «Je me suis posé la question de ce que j'allais laisser dans le sol pour mes enfants et petits-enfants», se souvient le septuagénaire. Finalement, l'avenir lui donnera raison. Dans les années quatre-vingt, Jean est contacté par le réseau de magasins La Vie Claire, pour être distributeurs des Alpes-Maritimes et du Var. Jusqu'alors distribué sur le MIN de Nice, l'agriculteur saute sur l'occasion. Il crée la filiale commerciale Naturdis avec ses deux fils, Philippe et Bernard, en 1983. Deux ans plus tard, le chiffre d'affaires de Naturdis dépasse celui du Groupement agricole d'exploitation en commun. La production personnelle devient moins importante que la revente de produits.
Solides racines et ramifications
[--------] [/--------]Sur la base d'une filiale commerciale solide, les trois hommes vont greffer nombre d'activités annexes. Toutes liées à l'agriculture biologique, les différentes activités de la famille sont réunies sous la holding Federzoni Participation. Outre Naturdis, la structure coiffe une société de service spécialisée dans le conseil en merchandising, qui emploie deux personnes, et les boutiques Le Marchand Bio. La famille a toujours fait de la vente directe au particulier. Dès 1975, les Grassois venaient s'approvisionner chez les Federzoni. Aujourd'hui, la vente à la ferme est bien loin, et les entrepreneurs sont à la tête de quatre boutiques dans les Alpes-Maritimes, qui emploient 17 personnes pour un chiffre d'affaires de 3M€. Des petites affaires qui marchent et qui pourraient voir leur nombre doubler d'ici à quelques années, puisque les entrepreneurs entendent développer leur réseau de boutiques en nom propre dans le Var et les Alpes-Maritimes.
Silence, ça pousse
Les 3M€ de CA de la filiale boutiques ont des allures de petits rejetons à côté des plus de 11M€ que représente le volet distribution de Naturdis, soit deux tiers du CA de la société. Un segment qui n'a pas fini de pousser, puisque les Federzoni ont investi 50.000€ fin 2008 début 2009 pour créer la marque Croquembal, une gamme de produits emballés destinée à la distribution en grande surface. Le dernier tiers du CA de Naturdis correspond aux facturations dans la restauration collective. Un secteur en pleine explosion sur lequel la société grassoise s'est placée dès 1996 (lire interview). Les Azuréens ont d'ailleurs créé une plate-forme logistique dédiée à la restauration hors domicile (RHD) à Rungis en 2009. Avec les mesures du Grenelle, la RHD est promise à une explosion prochaine, ce qui stimulera la croissance de Naturdis. Une progression à deux chiffres sur laquelle les entrepreneurs ne souhaitent pas s'étendre, à l'heure où d'autres souffrent de la crise. Une discrétion propre aux hommes de la terre, qui prouve que la culture paysanne originelle persiste derrière la success story.
Naturdis, distributeur de produits certifiés biologiques, enregistre une croissance à deux chiffres. Un rythme que les mesures du Grenelle devraient entretenir. Derrière la success story, la famille Federzoni, des entrepreneurs à la fibre paysanne.
Lucie Lautrédou