Le Rodin et le Berlioz, ex-navires de SeaFrance, que vous affrétez ont repris du service depuis le 20août sur la ligne Calais-Douvres, comment avez-vous vécu ce moment?
Le retour des bateaux à Calais après avoir été repeints aux couleurs bleu, blanc, rouge de My Ferry Link a été un moment marquant. Mais l'instant le plus fort pour moi aura été ce lundi
20août avec le retour des bateaux à Douvres où on ne les avait plus vus depuis novembre dernier.
La Scop My Ferry Link a vu le jour sur les cendres de SeaFrance, les recrutements des ex-salariés étaient prioritaires, où en est-on? D'autres perspectives de recrutements sont-elles à l'ordre du jour?
Nous avons recruté 395 personnes. Il s'agit à 95% d'ex-salariés de SeaFrance. Sur ces 395 personnes, 47 évoluent en Grande-Bretagne. À l'horizon 2013 - 2014, nous visons 520 emplois équivalents temps plein et 70 postes en Grande-Bretagne. Cet effectif semble atteignable quand la compagnie aura sa vitesse de croisière.
Parmi ces recrutements, on évoque aussi l'arrivée de cadres navigants venus de Brittany Ferries, qu'en est-il? Il n'y a pas eu d'initiative visant à débaucher du personnel de Brittany Ferries. J'ai à mes côtés deux anciens cadres de la compagnie bretonne. (NDLR notamment Raphaël Doutrebente, directeur général adjoint de My Ferry Link) mais comme moi, ils ont exercé d'autres missions depuis leur départ de Brittany Ferries. Il est exact aussi que nous avons eu deux ou trois candidatures spontanées d'officiers de la compagnie bretonne et autant sur d'autres postes. Mais clairement nous ne sommes pas allées chercher des personnels là-bas.
Les débuts de la compagnie se font en fin de saison touristique, après les Jeux Olympiques, est-ce un regret de n'avoir pu démarrer plus tôt?
Nous n'étions malheureusement pas maîtres du calendrier. Pour une décision rendue le 16juin, une mise en service des bateaux au 20août, nous avons prouvé que nous étions des gens impliqués, sérieux et crédibles. My Ferry Link est un projet à long terme.
Le long terme vous laisse toutefois peu de marge de manoeuvre en terme de réussite? Le projet doit réussir, c'est l'affaire de tous. Les anciens salariés de SeaFrance recrutés, sont passés d'une phase où ils étaient sans emploi à un nouveau challenge avec un emploi à la clé. Cela décuple la motivation. De toute façon, il n'y aura pas de deuxième chance.
Quelles sont vos ambitions en terme de trafic et de parts de marché?
Nous visons 8 à 10% de parts de marché pour la partie passagers et 12 à 14% pour le fret qui va représenter environ 60% de l'activité de l'entreprise. Sur une année pleine, nous devrions transporter près d'un million de passagers et 400 à 500.000 camions.
Comment séduire ou reséduire ces clients qui ont évidemment suivi les aléas de SeaFrance? Notre clientèle touristique est essentiellement britannique. Notre service marketing est basé là-bas et axera ses efforts notamment sur ce créneau. Pour le fret, c'est différent. Notre clientèle est de ce côté de la Manche. À l'arrêt de SeaFrance, ces clients transporteurs ont dû chercher d'autres solutions qui les engagent sur la durée. Début 2013, notre fréteur Nord - Pas-de-Calais sera en service. Ce sera un gros plus.
Une façon aussi de vous défaire de la marque SeaFrance et de mettre en évidence My Ferry Link?
Oui, My Ferry Link est notre marque. Nous refusons toute association avec SeaFrance même si la référence n'est pas honteuse. En interne, nous ne parlons plus de SeaFrance. Notre marque est en place sous pavillon français.
Les ex-SeaFrance ont opté pour la coopérative ouvrière pour leur projet d'entreprise, comment fonctionne-t-elle?
Le salarié devient actionnaire de la Scop. Le principe est: un homme, une voix. La société est composée d'un conseil de surveillance où siègent des membres à l'origine de la création de la Scop. L'autre composante est le directoire que je préside. Sur le plan financier, on prélève 2% sur la rémunération brute du salarié. Le tout avec un plafond de dix mois. De même, les salariés qui ont fait l'objet du plan de sauvegarde nº3 de SeaFrance, soit une large majorité, verseront une contribution individuelle de 5.000 € d'ici peu.
Quid du siège social de la société d'exploitation et de vos locaux, vont-ils être calaisiens? Le siège social est désormais ici à Calais et non plus à Paris. Nous croyons à une gestion de proximité avec une direction plus impliquée. Nous installons la plupart de nos services au coeur du port, en zone sécurisée, dans l'ancienne gare maritime. D'autres services comme celui des opérations portuaires sont, eux, localisés, au terminal passagers.
Ancrée à Calais, la compagnie pourrait-elle demain être intéressée par une liaison Transmanche depuis Boulogne? Le coeur du trafic se situe sur Calais - Douvres. Notre priorité est de bien asseoir nos bases, de montrer la viabilité du projet à Calais. Boulogne fait partie des dossiers futurs qui seront examinés. On ne l'écarte pas.
Propos recueillis par Ségolène Mahias
Lire aussi page 4
TRANSMANCHE Entretien avec Jean-Michel Giguet, président du directoire de My Ferry Link. La feuille de route de la compagnie est claire. Gagner le pari de l'équilibre économique sur Calais - Douvres là où SeaFrance a échoué.