Mobilité : L'empreinte du Luxembourg
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Mobilité : L'empreinte du Luxembourg

En Lorraine, le poids du phénomène transfrontalier est perçu mais mal connu. À l'occasion d'un colloque consacré aux mobilités professionnelles dans la Grande Région, une étude montre que l'empreinte du Luxembourg doit être réévaluée.

Les amateurs de statistiques avaient en tête un chiffre de 60.000 Lorrains concernés par le travail transfrontalier. Avec en corollaire, l'image d'un long bouchon, sur l'A31, vers le Luxembourg... Le 8décembre, lors d'un colloque organisé à l'IRA de Metz et consacré aux «mobilités professionnelles dans un espace transfrontalier: la Lorraine dans la Grande région», l'Insee Lorraine et des statisticiens luxembourgeois ont présenté plusieurs études réalisées à partir d'une source inédite: les données de l'Inspection générale de la sécurité sociale du Luxembourg (IGSS). La spécificité de ce fichier est de contenir des données historiques sur les individus. Tous les salariés d'un employeur luxembourgeois sont suivis grâce à un identifiant qui permet de tracer leur trajectoire au Luxembourg, en terme de nombre de mois travaillés, de salaires perçus ou encore de secteurs d'activités.




Une fenêtre de six ans

Couvrant la période 2001-2006, ce fichier a été mis à disposition par l'IGSS dans le cadre d'un partenariat et d'un accord de confidentialité entre le Grand-Duché et l'Insee Lorraine. Une fois passées à la moulinette des statisticiens, ces données révèlent un chiffre: sur la fenêtre 2001-2006, ce sont plus de 140.000 Lorrains qui sont concernés par le travail transfrontalier vers le Luxembourg. L'emprise humaine et économique du Grand-duché est donc encore plus forte que ce que les études mensuelles laissaient entrevoir. «Jusqu'à présent, le phénomène était silencieux, invisible aux décideurs», insiste Jean-Paul François, le directeur de l'Insee Lorraine. Concernant les trajectoires, l'étude révèle que deux tiers des frontaliers avaient une expérience antérieure avant d'aller travailler au Luxembourg; un tiers est capté à l'issue de leur formation initiale; 50% ont quitté leur emploi pour choisir le Luxembourg. Autre phénomène confirmé par les études, les frontaliers sont bien les premiers à subir les effets de la crise. Par ailleurs, tordant le cou à une idée reçue, Jean-Paul François estime que la ponction de salariés vers le Luxembourg ne se fait pas au détriment de la Lorraine. En effet, la région n'a pas les capacités à employer en masse des salariés hautement qualifiés: le phénomène transfrontalier contribue au contraire à les retenir dans la région. À travers ces données, se dessine l'image d'une région Lorraine dont le centre de gravité se déplace vers le Nord, vers le Luxembourg.




www.insee.fr/lorraine

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