Un océan de bobines de fils dorés à perte de vue. De quoi tisser les fameux câbles qui renforcent l'armature des pneus poids lourds. C'est là, au coeur de son usine de Vannes, que le groupe Michelin injecte actuellement plusieurs millions d'euros. Les travaux ont commencé en septembre et doivent se terminer fin avril. «Nous devons créer de la place», constate le directeur de l'usine, John Milsted. «Moderniser le site pour développer des produits encore plus haut de gamme, avec des procédés plus ergonomiques, plus automatisés, d'un accès plus facile pour les femmes.»
Si les commandes ne rencontrent pas de ralentissements majeurs, viendra ensuite, courant 2012, une deuxième tranche de travaux. Un troisième palier est déjà à l'état de projet, avec même une quatrième ou cinquième tranche, espère John Milsted. «Si tout se poursuit selon le planning, nous serons au même niveau que la précédente extension», observe le directeur.
Production stable
En 2008, il avait été procédé à un agrandissement de 5.000m². Les volumes produits vont eux aussi rester étales. De 34.447 tonnes en 2011, Michelin Vannes vise 35.000 tonnes l'an prochain. Une production, destinée à l'interne, acheminée vers quelques-unes des 70 usines dans le monde d'un groupe ayant son siège historique à Clermont-Ferrand. À Vannes, outre des travaux d'aménagements à 100.000euros en entrée de site, un autre projet d'importance se profile: la modernisation du parc de machines à tréfiler, qui n'avait pas évolué depuis la création de l'usine.
Les stocks montent
«Pour préparer les bobines, le tréfilage est nécessaire», explique John Milsted. «Il faut diminuer le volume de produit en entrée, passer de 5,5 millimètres à 18 centièmes d'épaisseur de fil.» De nouvelles machines "bas de chaîne", selon le jargon Michelin, viennent d'être livrées. «Tout se poursuit conformément au planning», insiste John Milsted. Mais depuis la rentrée, les poids lourds, principal marché du site de Vannes, sont à la peine. Avec un coup de frein sur la demande. Les stocks commencent à monter. Le site a même dû se résigner à réactiver son activité pneus tourisme. «Un repli temporaire qui protège 20 personnes du chômage partiel», remarque le directeur. Certains salariés n'y couperont cependant pas. Même si Michelin tente de limiter la casse en expédiant certains d'entre eux dans des usines soeurs en formation ou en proposant des prises de congés anticipées.
Voire en supprimant une quinzaine de contrats en intérim. «La moyenne sera de cinq ou six jours de chômage partiel, avec un maximum de 10 jours», détaille le dirigeant. Les salaires seront-ils amputés de 10 à 15% comme l'annonce la CGT, ici premier syndicat de salariés? «Cela pourrait être le cas pour un nombre limité d'ouvriers», admet John Milsted.
Vers du chômage partiel
Chez ce groupe coté en bourse, les fluctuations de marché peuvent déboucher sur des virages en épingle à cheveux. Confronté il y a encore quelques semaines au "turnover", Michelin annonce aujourd'hui du chômage partiel. Tout en maintenant la pression sur les investissements. «Le groupe va bien», rassure John Milsted. «Surtout sur le génie civil et le tourisme. Avant la crise, le secteur poids lourds était en progression de 10%. 2009 a été difficile. Nous allons quand même terminer en légère hausse sur ce marché.» La marque au bibendum prévoit toujours un accroissement de ses volumes mondiaux, «une augmentation de 25% d'ici à 2015 et de 50% d'ici à 2020», selon John Milsted. «Le marché européen est plus compliqué, il y a une conjoncture temporaire à passer.»
Michelin
(Vannes) Directeur: John Milsted Chiffre d'affaires Groupe pour l'année 2010: 15,246milliards d'euros Effectif: 111.000 personnes dont 600 à Vannes Tél.: 02 97 01 87 00.