Michel Vauzelle : Le président du conseil régional répond aux patrons

Michel Vauzelle : Le président du conseil régional répond aux patrons

En exclusivité pour le Journal des entreprises, le président de la Région Michel Vauzelle répond aux questions de quatre chefs d'entreprises du territoire. Propos recueillis par Didier Gazanhes et Alexandre Léoty

Nicolas Chabert, président de Perféo




Quelle est votre action phare pour la formation des jeunes ?


Nous avons créé dès 2006, et nous avons été pionniers en France, un grand "service public régional de formation permanente et d'apprentissage". Il s'adresse à tous les actifs. 85.000 personnes en bénéficient chaque année. Notre premier objectif pour la jeunesse est de lutter contre l'absence de qualification : nous proposons ainsi chaque année 20.000 places en formation, qui permettent d'acquérir une qualification professionnelle. Pour l'apprentissage, 71 CFA maillent notre territoire et ce sont près de 33.000 apprentis par an qui se forment, en alternance entre l'entreprise et le CFA. Au-delà, la Région s'implique dans tous les niveaux de formation, jusqu'au diplôme d'ingénieur, pour qu'ils soient accessibles à tous.




L'innovation est un des axes forts du conseil régional. Comment souhaitez-vous qu'il s'illustre sur les deux prochaines années ?


Le remède à la crise est résolument l'innovation. Le déficit commercial négatif depuis 2004 est faramineux, alors que l'Allemagne enregistre à l'inverse un excédent record. Le moindre contenu en innovation de nos produits est une source majeure de la dégradation de leur compétitivité à l'exportation. Face à l'enjeu de sortie de crise, le plan de relance français est resté orienté vers les investissements traditionnels préférés aux nouvelles technologies. La Région a donc souhaité renforcer son soutien à l'innovation, en mettant en place un outil destiné à alimenter les fonds propres des entreprises innovantes ou de celles qui développent un projet d'innovation. Il s'agit d'un fonds de co-investissement, doté de 15,45 M€, qui incite les investisseurs privés à parité avec la Région à intervenir sur ces entreprises.




La Région est devenue propriétaire de l'aéroport Avignon Provence. Pourquoi et comment des engagements pour des infrastructures régionales lourdes ?


La Région est devenue propriétaire de cet aéroport en 2007, et la gestion en a été confiée par délégation de service public à la CCIT de Vaucluse. Nous pensons en effet que cette plate-forme doit assurer une double fonction en matière d'aménagement du territoire, d'offre complémentaire aux deux grands aéroports de la Région, Marseille-Provence et Nice-Côte d'Azur, mais aussi de pôle de développement de la filière industrielle aéronautique avec le Pôle Pégase. Avec ses réserves foncières, l'aéroport d'Avignon doit nous permettre d'attirer de nouvelles entreprises et de créer de nouveaux emplois dans un secteur essentiel pour l'industrie et la recherche de notre région. C'est ce qui nous incite à investir 12 M€ sur ce site d'ici 2016.




Cédric Rény,

président de Custom Solutions


En période de crise, l'entreprise réduit ses dépenses pour essayer de maintenir ses marges tout en baissant ses prix. Que fait la Région pour respecter cette logique ? La Région n'est pas une entreprise : c'est un service public. Il ne fonctionne ni avec les mêmes objectifs ni sur les mêmes bases. Les comptes d'une collectivité territoriale ne doivent pas dégager de marges bénéficiaires. Ils doivent être en équilibre sans que, contrairement au budget de l'Etat, les dépenses de fonctionnement ne reposent sur l'emprunt. Ces dépenses, dont les 4/5 correspondent à des actions au profit des habitants (TER, formation...) sont donc assujetties à un principe de réalité des recettes. Pour les Régions, dont la fiscalité compte désormais pour moins de 10% des recettes, et dont la principale source de financement, les dotations d'Etat, est en diminution, cela impose des arbitrages complexes pour maintenir équitablement la satisfaction des besoins publics, et notamment un haut niveau d'investissement public. La Région est le premier donneur d'ordres pour le secteur des travaux publics.

Aujourd'hui, la concurrence est internationale. Il faut réduire les charges en priorité sur les entreprises qui sont soumises à la concurrence internationale et en particulier dans l'industrie. Que fait la région dans ce sens ? La Région n'a plus aucune marge de manoeuvre sur les charges grevant les entreprises puisque la taxe professionnelle, dont elle votait sa part de taux, a été supprimée, et que la nouvelle contribution é
conomique territoriale obéit à des mécanismes décidés par l'Etat.






Je crois au label "Made in France". Y a-t-il un label "Made in Provence" ?


La Région est en train de déposer à l'INPI une marque, " produit en Provence " pour soutenir la promotion de ses produits agricoles et agroalimentaires. Elle a par ailleurs labellisé et soutenu un Prides "Art de vivre en Provence ". Une réflexion est en cours, dans le cadre de la restructuration de notre politique de développement à l'international des entreprises, sur une démarche de même nature.




StéphanBrousse,

président de l'Union patronalerégionale


Certaines voix de nos élus politiques laissent entendre que le dossier LGV n'arriverait pas être financé et qu'il ne serait pas prioritaire pour les habitants et l'économie de la région. Quel est l'avis du président de cette Région, même si l'horizon 2023 n'est pas encore l'échéance électorale principale qui inquiète nos élus ? Je suis atterré par les prises de position publiques récentes de certains élus importants du territoire régional. Ce sont ceux-là mêmes qui ont plaidé, en 2009 auprès du gouvernement le choix du scénario des "Métropoles du Sud" et qui semblent vouloir le remettre en cause aujourd'hui. C'est tout simplement irresponsable pour l'avenir de notre région. Nous devons avoir tous conscience du besoin pour la région, et pour ses habitants, d'une infrastructure qui permette à la fois de remédier à la saturation du réseau ferroviaire actuel, afin de poursuivre le développement de l'offre, d'assurer le désenclavement de l'Est de la région et son intégration dans le réseau européen de la grande vitesse. Nous avons besoin de cette LGV. C'est au-delà du strict intérêt de la Région, l'intérêt de la Nation.

La solution à la crise ne passe-t-elle éternellement que par une meilleure répartition entre ceux qui possèdent plus et ceux qui possèdent moins ? Ou doit-on penser un modèle différent où la formation permettrait à un plus grand nombre d'accéder à des postes de responsabilités, où le risque serait valorisé par rapport au principe de précaution, où l'audace serait encouragée et la culture du résultat sacralisée afin de faire grandir le gâteau au lieu de le couper en parts toujours plus petites ? Les problèmes de concurrence aigus que nous rencontrons aujourd'hui dans la nouvelle forme de mondialisation sont précisément dus aux inégalités entre les pays occidentaux et les pays émergents. L'idée d'élever tout le monde au même niveau est généreuse, mais elle passe nécessairement par une réduction des écarts de niveaux. Celle-ci n'est au demeurant pas antinomique avec une culture du résultat. L'effort de formation au niveau régional est tendu vers cet objectif de qualifica
tion du plus grand nombre. Enfin, la décence des revenus est un facteur déterminant pour l'équilibre de toute société, et son avenir.






Vous êtes convaincu de l'importance des liens que notre région doit tisser avec les pays de la Méditerranée. Les révolutions encourageantes dans les pays arabes avec les résultats des élections qui montrent une soif de retour au traditions et une forte présence des partis religieux sont-elles de nature à changer votre vision de la coopération engagée ?

La Tunisie ou l'Egypte cherchent leur propre voie entre modernité et tradition. Ce sont les couches sociales les plus modernistes qui ont participé les premières aux révolutions. Les élections organisées depuis ont accordé une majorité à des partis islamistes. Je n'ai pas à porter de jugement : ce qui importe, c'est que ces évolutions s'opèrent de manière démocratique. Ces partis islamistes modérés revendiquent le modèle de l'AKP, actuellement au pouvoir en Turquie. Ce parti conservateur se prévaut d'une réussite économique. C'est sur ce terrain que les majorités élues en Tunisie, en Egypte, mais également au Maroc, sont attendues. C'est là qu'elles devront réussir. Et c'est sur ce terrain que nous pouvons les accompagner. C'est ce que la Région a entrepris, notamment en Tunisie, en participant à des projets dans les domaines de la formation, de l'économie sociale et solidaire, du tourisme durable dans la région de Kasserine.


Marc Schillaci,

présidentd'Oxatis


Le numérique est un axe de développement incontournable pour les entreprises. Quelles sont les actions que vous souhaitez mettre en place pour former et accompagner les entreprises locales ?




Effectivement. C'est pourquoi la Région intervient globalement sur ce champ. Elle encourage l'appropriation des TIC par le tissu des PME et TPE régionales dans le cadre des Prides. Elle finance de nombreuses actions collectives mises en oeuvre en partenariat avec la Chambre de Métiers au bénéfice des TPE de l'artisanat et du commerce. La Région intervient aussi pour permettre aux autres collectivités d'assurer la couverture en haut et très haut débit de leurs territoires, critère déterminant de l'implantation d'entreprises. Enfin, nous apportons également un soutien important au développement des entreprises des filières TIC en Paca, tant sur les technologies numériques génériques, que dans les contenus numériques.
La croissance des entreprises est portée par le dynamisme des jeunes. Avez-vous des projets de formation incluant internet ou l'e-commerce ?

Internet est un "savoir de base". Ainsi, la maitrise de cet outil est un des points clé du programme de formation y compris sur les formations de remise à niveau. Tous les nouveaux moyens de communication font partie de l'ensemble des formations du service public régional. De la même manière, petit à petit, tous les diplômes préparés, en apprentissage ou en formation continue, dans le secteur du commerce et de la grande distribution, incluent le e-commerce. A l'heure de la mondialisation des ressources et des besoins, le monde de l'informatique est encore et toujours en pleine mutation : de l'informatique de service classique (matériel, réseaux, développement, sécurité, internet) à l'informatique embarquée, les enjeux sont considérables. C'est dans ce cadre, que la Région a décidé de créer au cours de l'année 2012 un CFA dédié à l'informatique car les besoins en qualification sont exponentiels.