Joël Chareyron
Directeur opérationnel de Facilliance à Saint-Bonnet-de-Mure, entreprise de maintenance multisectorielle. Les heures supplémentaires «Les heures supplémentaires étaient un levier de motivation pour le personnel. Du j
our au
lendemain, ça s'arrête et ça passe mal auprès des salariés. Et en plus, la politique s'invite au coeur de l'entreprise. Facilliance travaille avec de nombreux prestataires sur toute la France qui sont directement concernés par cette mesure. La gestion des plannings va devenir plus complexe et nos sous-traitants vont devoir renier sur leurs marges. D'ailleurs nous avons déjà constaté que certains ont déposé le bilan...»
Les plus-values sur les droits de cession des entreprises
«Quand on crée, on prend des risques. On quitte un emploi. Les premières années sont souvent sans salaire. On investit. On fait prendre des risques à sa famille. Embaucher des salariés est une responsabilité... La plus-value au moment de la revente constitue la rémunération de tous ces risques. Un impôt sur le risque que l'on prend est confiscatoire.»
Jean Fleury
Directeur général de Nord Sud Les Brasseries de Lyon Paul Bocuse qui comptera cinq brasseries à la fin de l'année (voir p. 18) Les plus-values sur les droits de cession des entreprises «Pour l'artisan, l'outil de travail est sa retraite. Augmenter l'imposition des plus-values sur les cessions d'entreprise, c'est handicaper la retraite des dirigeants. Cette mesure n'est pas normale.»
L'augmentation de la TVA dans la restauration
«Si la TVA passe de 7% à 11 ou 12% comme annoncé, il risque d'y avoir moins d'embauches, une augmentation des prix et surtout, un compte d'exploitation déstabilisé pour les entreprises de la restauration. Elles doivent déjà faire face à la hausse du coût des matières premières, de l'énergie, du transport. C'est une inquiétude pour le secteur.»
Les heures supplémentaires
«C'est une mesure injuste pour les salariés que nous avons compensée à concurrence de 60€ par mois et par employé. Nous n'étions pas obligés mais nous souhaitons garder des salariés motivés. Dans une entreprise de service, on ne peut pas renier sur le personnel. La mesure va nous coûter 150.000€ par an.»
Anne-Sophie Panseri
Présidente de Maviflex à Décines, spécialisée dans la fabrication de portes industrielles souples.
Les heures supplémentaires «Sur les 100 salariés de Maviflex, un tiers est concerné par les heures supplémentaires. La direction et les salariés ont eu la même réaction négative. Aujourd'hui, certains collaborateurs ne veulent plus faire d'heures supplémentaires car elles sont à nouveaux soumises à l'impôt et leur font perdre d'autres avantages comme des allocations. Le moral des équipes est à zéro et cette mesure, en plus de la baisse du pouvoir d'achat des salariés, a perturbé notre organisation interne. Dans l'industrie, nous avons peu de visibilité et les heures supplémentaires apportaient de la souplesse pour faire face aux aléas de la production. C'était aussi une façon de faire baisser le coût du travail et de rendre un peu de compétitivité à nos entreprises. Ceux qui pensent que la fin des heures supplémentaires défiscalisées permettra des embauches ont une méconaissance totale de la vie des entreprises. Désormais, nous en sommes à nous dire que nous allons peut-être refuser des commandes !»
Les plus-values sur les droits de cession des entreprises
«C'est une situation ubuesque! On demande aux TPE de grossir mais plus elles grandiront, plus elles seront taxées! On projette le modèle allemand des ETI qui font tant défaut à la France mais on envisage de les taxer encore plus. Un dirigeant prend des risques durant toute la vie de l'entreprise par les investissements, par les opérations de croissance externe. La PME est son patrimoine. De tels prélèvements sont antinomiques avec le développement des entreprises.»
Norbert Fontanel
Président de Fontanel SA à Quincieux (photo : Jean-Jacques Raynal), entreprise de bâtiment et de travaux publics L
es heures supplémentaires
«C'était LA mesure positive du précédent quinquennat pour les entreprises du bâtiment car nous sommes de gros consommateurs d'heures supplémentaires. Et paradoxalement, plus nous faisions d'heures supplémentaires, plus nous embauchions ! Ces heures-là étaient des heures hyper productives car on produit davantage avec le même outil de travail et on amortit les frais fixes. L'activité était meilleure et les entreprises payaient davantage d'IS pour rembourser les dettes de la France. Si l'on fait moins d'heures supplémentaires, on est moins performant et le résultat moindre, donc on paie moins d'IS. Chez Fontanel, 80% de nos 240 salariés sont concernés. En moyenne, les salariés ont perdu 60 à 70€ par mois. C'est autant d'argent qui ne repart pas dans la consommation. De plus, les salariés viennent se plaindre et le travail au noir est reparti...»
Les plus-values sur les droits de cession des entreprises
«Si tous les cinq ans, on change la règle du jeu, plus aucune transaction d'entreprise ne se fera. Pour remercier les dirigeants d'avoir payé l'impôt sur les sociétés, l'impôt sur le revenu et pour certains l'impôt de solidarité sur la fortune, on va en plus les taxer à la revente de leur entreprise. C'est de la spoliation. Si au moins l'argent était réinvesti dans l'économie et notamment la construction de logements. On n'en est même pas sûrs ! Ma hantise aujourd'hui est que l'argent ne circule plus.»