Une page se tourne pour le chantier naval Merré de Nort-sur-Erdre. Alain et André Merré viennent de vendre l'entreprise créée par leur grand-père en 1921 à Moun Bourjij et François Martin. Ce duo de repreneurs n'en est pas à son coup d'essai. En 2006, les deux hommes ont été nommés à la tête du fabricant nazairien de véhicules tout-terrain Acmat, suite à son rachat par le groupe AB Volvo. En quatre ans, ils opèrent un spectaculaire redressement. «En 2005, Acmat affichait quinze millions d'euros de chiffre d'affaires et deux millions de pertes. En 2009, l'entreprise dégageait 57millions d'euros de revenus et un résultat à deux chiffres», indique François Martin. Fort de cette première expérience concluante, les deux hommes décident de voler de leurs propres ailes. En 2010, ils reprennent la chaudronnerie Forminox à Vertou (50 salariés, 6,5M€ de CA).
«On cherchait un produit en propre»
Ils développent cette PME tournée vers le ferroviaire ou la cryogénie en la positionnant sur de nouveaux marchés, comme le matériel agricole. «La reconquête commerciale de Forminox est en bonne voie, avec un chiffre d'affaires en croissance de 25% par an. Un de nos axes de développement était de nous doter d'un produit en propre, cela afin de s'affranchir d'une certaine façon des donneurs d'ordres», explique François Martin. Ce produit en propre, ce sera le bateau ou plutôt les bateaux construits par Merré. «Ce produit nous plaît. Il offre des synergies avec Forminox, qui travaille déjà pour la navale. Et il possède beaucoup de similitudes avec les véhicules que nous fabriquions chez Acmat, dans la mesure où un bateau, c'est de l'intégration d'un certain nombre de fonctions», assure François Martin. Celui-ci co-dirige désormais une PME de 45 salariés, qui a réalisé lors de son dernier exercice 11millions d'euros de chiffre d'affaires. Grande spécialité de la maison: les bateaux de servitude de 15 à 80 mètres en acier ou en aluminium. Après avoir livré un premier bâtiment il y a quelques semaines, le chantier est en train de construire un deuxième bac de Loire pour le conseil général de Loire-Atlantique. Il planche aussi sur une drague pour le syndicat intercommunal des bassins d'Arcachon ainsi que pour un engin amphibie, commandé par le conseil général de Charente, chargé d'entretenir des parcs ostréicoles. «Il y a d'autres affaires dans les tuyaux. Au niveau carnet de commandes, nous n'avons pas d'inquiétudes», assure François Martin.
Cap vers l'Afrique?
Celui-ci dit vouloir «capitaliser sur le savoir-faire de niches de Merré», en se positionnant sur les marchés traditionnels de l'entreprise comme les dragues, les vedettes à passagers ou les navires de remorquage. Le repreneur regarde aussi de près d'autres segments, tels que les navires de servitude pour l'éolien offshore. Mais la grande nouveauté amenée par les deux repreneurs pourrait être l'international. Peu présent à l'étranger, malgré la fabrication de vedettes pour la Suisse ou Mayotte, Merré «répond à des besoins qui sont beaucoup plus larges que le seul marché français. Le reste du monde est devant nous», appuie François Martin qui évoque les possibilités «d'un développement énorme au-delà des frontières», notamment en Afrique. Pour conquérir ces marchés lointains, les deux repreneurs vont pouvoir s'appuyer sur de bonnes bases. À la tête d'Acmat, les deux entrepreneurs travaillaient à 95% à l'étranger, et beaucoup pour les pays africains.
S.V.
Merré
(Nort-sur-Erdre) Dirigeants: Moun Bourjij et François Martin 45 salariés 11M€ de CA 02 40 29 50 44