Marché du porc breton : Un pari d'avenir sur le différé
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Marché du porc breton : Un pari d'avenir sur le différé

Conjoncture À bientôt 40 ans, le marché du porc breton de Plérin se cherche un nouveau souffle pour conserver son statut de référence dans la filière porcine.

«Le sujet est à la fois complexe, incertain et très clivant pour le microcosme porcin». Sollicité pour s'exprimer sur l'avenir du marché du porc breton à Plérin (MPB), Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl ArcAtlantique n'a pas souhaité intervenir dans le débat. Il faut dire que la coopérative lamballaise, nº1 du porc en France, est régulièrement montrée du doigt pour son manque de participation à ce service organisé de mise en marché instauré par la profession depuis 1972.




Une filière tiraillée entre deux idéologies

Respectable, la position de Cooperl AA traduit toute l'ambiguïté d'un secteur porcin tiraillé entre deux idéologies économiques. D'un côté ceux qui jugent que le MPB doit rester la référence en matière de définition hebdomadaire d'un prix public du porc en France. De l'autre ceux qui privilégient des systèmes de filière proche de l'intégration, jugeant que le prix se fixe aujourd'hui au niveau mondial et pas uniquement au sein de la zone Uniporc Ouest (85% de l'offre française). Dans ce contexte, pas facile pour la place de marché de Plérin, pour lequel tous les éleveurs de l'Hexagone cotisent même si leurs bêtes n'y transitent pas, de dégager un véritable consensus autour de son avenir. Avec à peine plus de 18% de porcs Uniporc, le MPB est en effet encore loin du compte. «C'est un fait, la situation serait plus confortable avec 100% des bêtes», précise son directeur Jean-Pierre Joly. Toutefois, avec cette part de marché, nous restons la place la plus représentative de France. D'ailleurs, les opérateurs qui ont intégré l'amont s'appuient quand même sur notre prix hebdomadaire pour fixer le leur.»




Peser plus pour gagner plus

Pour peser davantage, l'idéal serait pour le cadran de Plérin de faire monter ses apports à 100.000 porcs par semaine, contre 70.000 actuellement. «Avec plus de cochons, notre travail de stabilité du marché français n'en serait que renforcé», confirme Daniel Picart, éleveur à Plouigneau (29) et successeur de Jean-Jacques Riou à la présidence du MPB. «Il est nécessaire que les éleveurs exigent de leurs groupements de s'appuyer sur l'outil qu'ils ont mis en place.» Souvent taxé d'immobilisme, le cadran costarmoricain entend pourtant innover sur un marché porcin, qui contrairement aux autres viandes, souffre d'une faiblesse de sa valeur ajoutée à tous les stades de la filière. D'où le lancement d'un système de livraison différée. Testé avec succès par la coopérative Syproporcs depuis un an, ce concept se rapproche du marché à terme que l'on retrouve dans les céréales. «Le vendeur et l'acheteur se mettent d'accord à l'avance sur le prix, la quantité et la date de livraison. Le tout par un encadrement réalisé par le cadran.» Pour Kermené, unique abatteur à avoir testé le système, l'objectif est la sécurisation des apports essentiellement en période de forte activité. «C'est un mécanisme de complément, pas de substitution», précise Pascal Leroy, acheteur pour la filiale viande de Leclerc. Reste que pour beaucoup de professionnels de la filière porc, le marché à livraison différé ne trouvera un réel intérêt que s'il s'applique jusqu'au distributeur. «Croire que l'on pourra dicter un prix à Carrefour ou McDonald's sur les longes ou le jambon qu'ils achètent est une ineptie», confie cet acheteur. «Aux éleveurs de se fédérer pour peser davantage. C'est une étape politique compliquée car les guerres de chapelle sont importantes dans le milieu porcin. Pourtant, il en va de la survie du cadran de Plérin.»

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