Manitou : Le fabricant de chariots élévateurs « remet l'église au milieu du village »
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Manitou : Le fabricant de chariots élévateurs « remet l'église au milieu du village »

Manutention Manitou vient de recruter son nouveau directeur général. Il s'agit de Michel Denis, l'ancien patron de Fraikin. Sans surprise, celui-ci s'inscrit dans la droite ligne défendue par les familles actionnaires. La page de la recherche de la croissance rapide semble définitivement tournée.

Assurant la transition depuis la démission de Jean-Christophe Giroux, en mars dernier, Dominique Bamas avait prévenu : le prochain directeur général du fabricant de chariots élévateurs allait devoir être « Manitou compatible ». Car s'il a parfaitement joué les pompiers de service et redressé la barre d'un navire qui tanguait dangereusement, Jean-Christophe Giroux a fini par rentrer en conflit, pour des questions d'ordre stratégique, avec les familles Braud et Himsworth, propriétaires de près des deux tiers du capital de l'entreprise. Celles-ci viennent de nommer Michel Denis, 48 ans, à la direction générale de l'industriel ancenien. Comme Jean-Christophe Giroux, celui-ci est passé par les grandes écoles et a évolué au sein de groupes internationaux. Diplômé de l'Essec et de Centrale Lyon, Michel Denis a ainsi démarré sa carrière dans le conseil en stratégie, avant de rejoindre Dalkia et Johnson Controls. Jusqu'à l'été dernier, il était directeur général du loueur parisien de véhicules industriels Fraikin (3.000 salariés, 671 millions d'euros de chiffre d'affaires).




« Une ambition à la mesure de ses moyens »

La comparaison avec Jean-Christophe Giroux s'arrête là. La vision stratégique de Michel Denis est en effet en totale rupture avec celle de son prédécesseur. Là où Jean-Christophe Giroux prônait une croissance rapide, basée sur des acquisitions, dans le but de doubler de taille, celle du nouveau directeur général est en parfaite conformité avec la ligne de conduite de Marcel Braud, président du conseil d'administration. « Manitou doit avoir une ambition à la mesure de ses moyens. On ne va pas faire de la croissance externe à tous crins », expose Michel Denis. Chez Manitou, cette problématique n'a rien d'anodine. L'ADN du groupe, c'est sa culture familiale, industrielle et rurale. Une culture qui détonnait avec le profil financier de Jean-Christophe Giroux, ancien patron d'Alcatel Europe et Sud, passé par la banque d'affaires Lazard. « Les salariés ont compris la nécessité de remettre l'église au milieu du village. Une série de gènes de l'ADN de Manitou étaient peut-être en train de changer, voire de se déliter », expose Dominique Bamas. D'ores et déjà, Michel Denis compte « remettre les commerciaux au centre » et amener « beaucoup de simplicité et d'efficacité à l'organisation ». Plus question par exemple de tenter de se calquer sur les process de l'industrie automobile. « On ne fait pas de grandes séries. Notre modèle le plus vendu doit être fabriqué à 500 ou 1.000 exemplaires par an », explique ainsi Dominique Bamas.




Activité en retrait en 2013

Si le style Denis s'annonce plus en ligne avec celui du groupe ancenien, le nouveau directeur général sait d'ores et déjà qu'il a du pain sur la planche. « On n'a pas un marché qui va nous tirer », estime t-il. En 2013, le chiffre d'affaires de Manitou (1,1 milliard d'euros) affiche en effet un repli de 7 % par rapport à l'année précédente. À périmètre et taux de change constants, la baisse se limite toutefois à 1 %. La fin de l'accord de distribution avec Toyota a par exemple lourdement contribué à la chute de 24 % de l'activité manutention industrielle. La bonne nouvelle de la fin d'année 2013 reste la remontée du carnet de commandes. Manitou doit ainsi produire 7.300 engins de manutention, alors que son plan de charge n'en prévoyait que 6.400 au troisième trimestre 2013. Anticipant un résultat opérationnel courant 2013 proche de 2 %, le groupe industriel table cette année sur un chiffre d'affaires stable. Parmi les relais de croissance du groupe, Michel Denis compte accélérer, à côté de son métier historique de constructeur, le développement des prestations de services (commercialisation de pièces de rechanges et contrats de maintenance). Ces activités pèsent aujourd'hui environ 15 % du chiffre d'affaires de Manitou.

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(Ancenis) Directeur : Michel Denis 3.240 salariés 1,1 milliard d'euros de CA 02 40 09 10 11

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