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ean-Christophe Giroux, malgré une perte de 16,7M€ en 2010, Manitou affiche un net rebond de son activité après un exercice 2009 catastrophique. Comment analysez-vous la situation?
2010 a marqué le redémarrage de notre activité avec 60% de commandes en plus par rapport à 2009. C'est même au-delà de nos prévisions de début 2010
puisque nous tablions sur un résultat opérationnel toujours en perte alors qu'il ressort finalement à 2M€. Ce redémarrage s'est traduit très concrètement. 300 de nos salariés étaient en chômage partiel en début d'année. À l'été, ils retravaillaient tous et en fin d'année nous avons fait appel à 300 intérimaires. Notre marché repart, cela se confirme en ce début d'année avec des clients qui renouvellent leurs parcs de machines.
Comment voyez-vous cette année 2011?
2010 a été l'année du rebond. Sur les prochaines années, il nous faut confirmer. Nous tablons sur 20% de croissance de notre chiffre d'affaires en 2011 avec l'objectif évidemment de retrouver un résultat net positif.
Face à ce redémarrage de votre activité, le frein c'est la capacité que peuvent avoir certains de vos sous-traitants à vous suivre?
Nos approvisionnements auprès de plusieurs fournisseurs sont effectivement problématiques.
Ces sous-traitants peuvent eux-mêmes avoir les mêmes difficultés auprès de leurs fournisseurs
. Au final, cela crée un goulet d'étranglement et rallonge nos délais de livraison. Il nous faut résoudre ce problème.
Face à cette situation, nous avons bien sûr notre part de responsabilité. Certains de nos sous-traitants ont eu du mal à traverser la crise, ont dû se restructurer ou ont perdu des compétences. La conséquence, c'est que certains peinent à faire face au regain d'activité. Charge à nous de leur donner des prévisions de charges suffisamment précises pour y faire face. Charge à eux de nous dire si oui ou non ils peuvent suivre la cadence. Mais il ne faut qu'ils nous promettent l'impossible s'ils ne sont pas en mesure de faire face à la montée en charge. Si leurs difficultés sont conjoncturelles, on pourra s'adapter en discutant. Si elles sont structurelles, on devra aller voir ailleurs mais on ne le souhaite pas car, pour travailler avec un nouveau sous-traitant, cela nécessite 12 à 18 mois. L'objectif, c'est donc de responsabiliser nos partenaires. On a tous beaucoup souffert de la crise, maintenant aidons-nous.
Quelles sont vos perspectives à l'international? En termes d'activité, les pays émergents ne représentent rien actuellement pour Manitou. Cela finira par évoluer, mais c'est sur plusieurs années, vers 2014-2015.
Dans certains pays comme la Chine, l'Inde et l'Asie du Sud-Est, notre offre n'est pas encore pas toujours réceptif à notre offre. Nos matériels sont trop équipés
et trop chers. On doit comprendre les usages de ces pays et trouver une tête de pont pour s'y développer. Au Brésil, cela peut passer par exemple par la fabrication de matériels de manutention conçus pour le marché de la canne à sucre. En Russie, nous sommes bien avancés sur les marchés de l'agriculture, de la construction et de l'industrie.
Quelle est la situation de votre filiale américaine Gehl?
En 2010, son activité a progressé de 70%.
Nous avons tout remis à plat, au niveau des process, du business model et des moyens humains. Maintenant, la situation est assainie avec de gros efforts pour réduire le niveau d'endettement de Gehl. Après cette phase, il nous faut accélérer sa croissance. Gehl était un souci jusqu'alors, maintenant c'est devenu un atout.
Manitou a annoncé une réorganisation du contrôle familial de la société. Un protocole d'accord a été conclu pour cela avec la signature d'un pacte d'actionnaires. Comment interpréter cette opération ?
Elle permet de conforter la dimension familiale du groupe. Les deux familles en détiennent 65% du capital
. Le pacte d'actionnaires implique une quinzaine de membres des deux familles et pas seulement deux personnes. C'est donc un moyen de sécuriser l'avenir du groupe et de préparer sa transmission.
Manutention Après avoir bouclé l'exercice 2010 sur un chiffre d'affaires de 838 M€, en hausse de 23 %, Manitou espère renouer avec les bénéfices cette année et se développer dans les pays émergents à l'horizon 2015. Entretien avec Jean-Christophe Giroux, dg.