Injecter de l'argent public dans le tourisme, une aberration? «J'ai toujours pensé qu'il fallait plutôt mettre des sous dans ce domaine plutôt que de soutenir des entreprises qui finiront par être liquidées», soutient Francis Prestini. Pour le patron de Prestini Participations, les montants injectés dans les trois Pôles d'excellence rurale labellisés dans le Lunévillois permettront notamment de «mettre de l'huile dans les rouages, parce que pour qu'un territoire se développe, il faut se saisir de tous les marchés, utiliser tous les atouts». Comme l'immense majorité des industriels du Lunévillois, Francis Prestini ne croit plus à «l'effet Toyota», au grand groupe qui s'installerait dans ce coin de Lorraine, attirant à lui capitaux, emplois et dynamisme. «Si l'occasion se présente, nous la saisirons, c'est évident», explique Denis Renaud, le président de l'association des Industriels du Lunévillois. «Mais aujourd'hui, nous comptons plus sur nos forces que sur celles des autres. Et l'exemple de Centers Parcs peut donner des idées à certains industriels.»
Changement d'époque
Jusqu'en 2001, avant la fermeture de Bataville, un bus ramassait les ouvriers pour les conduire à l'usine. Désormais, les employés sont conduits du Lunévillois vers le domaine des Trois Forêts. Avec ses 850 cottages affichant un taux d'occupation de près de 85%, le Center Parcs mosellan a créé 606 emplois et engagé 26 intérimaires, pour 470équivalents temps plein sur le site. Parmi eux, 64% sont des Mosellans, mais pas moins de 131 sont des Meurthe-et-Mosellans. L'impact le plus fort est pour le canton de Cirey-sur-Vezouze: désormais, 4% des actifs travaillent au Domaine des Trois-Forêts. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: le tourisme aspire des énergies jusque-là inutilisées dans le Lunévillois. Comme pour entrer en résonance avec Center Parcs, deux Pôles d'excellence rurale portant directement sur le tourisme ont été labellisés dans le Lunévillois: en juillet2010, le projet de valorisation touristique du canal de la Marne au Rhin porté par la communauté de communes du Sânon, puis en avril2011, le syndicat mixte des Lacs de Pierre-Percée pour le projet de développement d'une station éco-touristique. «Le Domaine des Trois Forêts a une zone de chalandise plus large que nous, car nous rayonnons seulement au niveau régional. Notre objectif, en obtenant cette labellisation, c'est d'arriver aux oreilles des clients de Center Parcs. Et qu'ils viennent découvrir nos installations», détaille Bernard Muller, le président du Syndicat mixte d'aménagement du Pays des Lacs. De la modestie donc, mais qui n'empêche pas un peu d'ambition: «Si 500.000 visiteurs passent dans le Lunévillois et s'arrêtent juste pour prendre un café, je serai frustré, c'est certain», lâche Claude Richard, le président de l'office du tourisme du Lunévillois. «Très clairement, nous avons une nouvelle chance, il ne faut pas la louper. Maintenant, notre politique de développement touristique doit viser à créer un menu pour garder les touristes». Du château de Lunéville aux lacs de Pierre-Percée en passant par Baccarat, pas moins de 28 sites intéressants ont été répertoriés.
Changement de profil
Un axe de travail porté par le syndicat mixte du Pays du Lunévillois, qui tente de coordonner des actions de promotion mises en place par différents partenaires. Ainsi, en 2010, les services du Pays ont «édité un guide de l'hébergement», explique Thibault Valois, directeur du syndicat mixte du Pays du Lunévillois. «Il s'agit du fruit d'une mise en réseau des acteurs.» Autre projet, «la liaison cyclable entre Center Parcs et Cirey-sur-Vezouze», révèle le directeur. Mettre en cohérence, changer d'image, jouer la carte d'un tourisme de terroir, tous les acteurs tiennent le même discours. Parmi eux, Denis Tabouillot, patron du restaurant Le Petit Comptoir à Lunéville: «Depuis quelques années, le profil du client a changé. Auparavant, les gens étaient là pour travailler. Désormais, nos clients sont là pour visiter». Néo-Zélandais, Américains, Hollandais, Allemands ou encore Japonais, les clients de Tabouillot viennent déjà du monde entier, toujours avec des profils particuliers: tourisme de guerre ou intérêt pour le patrimoine. «Mais il ne faut pas se voiler la face. Le tourisme en Lorraine ne sera jamais un tourisme de masse», croit savoir Denis Tabouillot. «Le tourisme est un élément», précise Claude Richard. «Et pour en finir avec la sinistrose du Lunévillois, il faut savoir jouer toutes les cartes de l'attractivité.»
Deux Pôles d'excellence rurale visant à développer le tourisme et un Center Parcs qui rayonne au-delà des frontières mosellanes : le Lunévillois semble prêt à jouer la carte du tourisme.Isabelle Kurth et Jean-François Michel