Un camion en "warning" par-ci, une fourgonnette sur le trottoir par-là... Ça coince parfois en centre-ville à Rennes, surtout le matin, avant 9h30, lorsque les commerçants, restaurateurs ou cafetiers reçoivent leurs marchandises. Sans compter les commandes effectuées par les particuliers via Internet! Mais c'est un passage obligé, si l'on veut conserver l'attractivité d'un centre-ville qui se veut prépondérant dans la capitale bretonne. Et que les élus entendent bien défendre. Oui mais voilà: qui dit livraison dit nuisances sonores, pollution, conflit d'usage de la voirie, embouteillages... Pour mesurer les difficultés, les enjeux des commerçants, et les améliorations à apporter, Rennes Métropole et le Codespar viennent de lancer une étude sur les pratiques en matière de livraison (en partenariat avec la CCI de Rennes, le Carré Rennais et l'Union du Commerce). 150 commerçants du centre-ville doivent être sollicités ce mois-ci pour répondre à une quarantaine de questions. «L'objectif est de trouver des solutions d'optimisation de la logistique urbaine, précise Sébastien Gibert, responsable de l'étude au Codespar. Cette enquête sera un outil pour amorcer la réflexion». On entend par logistique urbaine «une prestation concourant à une gestion optimisée des flux de marchandises en milieu urbain, précise François Leblond, chef de projet logistique à la CCI de Rennes. Elle concerne l'acheminement des marchandises dans le coeur de l'agglomération, leur traitement sur ce territoire, leur livraison au destinataire final ainsi que la gestion des flux retours». Un casse-tête pour être efficace!
La livraison en 40 questions
Parmi les points abordés dans l'enquête, on demandera aux commerçants quelles sont leurs pratiques en matière de livraison: combien de fois par jour ou par semaine sont-ils livrés, à quel moment de la journée, s'ils font toujours appel au même transporteur, s'ils sont livrés en cartons, en fûts, en palettes..., si le livreur peut se garer facilement pour accéder au commerce ou s'il doit faire trois fois le tour du quartier, etc. L'enquête s'attardera aussi sur les difficultés de livraison, en matière de stationnement ou d'horaires par exemple. Enfin, «on demandera aux commerçants s'ils ont des pistes pour permettre d'améliorer la livraison de marchandises», souligne Sébastien Gibert. Des pistes. C'est ce que veut la ville de Rennes, même si elle a bien quelques idées sur la question. Honoré Puil, l'élu en charge du commerce, évoque pourquoi pas la création d'une «plateforme de logistique urbaine». Le principe est simple: faire en sorte que «les camions livrent à un seul endroit en périphérie de Rennes, pour ensuite regrouper les livraisons par rues du centre-ville». Une idée qui existe déjà dans certaines villes de France (LaRochelle par exemple). Mais serait-elle bien perçue et utile à Rennes? «Ce n'est pas intéressant économiquement, selon François Leblond, car il y a une rupture de charge et un surcoût car il faut descendre une première fois la marchandise pour la recharger et enfin la livrer». On évoque également la possibilité de développer le camion électrique. L'entreprise Deret a tenté l'expérience, avant de rapatrier ses camions en région parisienne, plus à la pointe pour l'instant en matière de logistique électrique. La seule initiative en vigueur à Rennes reste «la mobilité douce, mise en place par les Triporteurs rennais», indique Sébastien Gibert.
Solution, mutualisation?
D'autres réflexions sont en cours, notamment autour de la création d'un lien entre différents transporteurs, pour mutualiser leurs déplacements». Mais seront-ils prêts à travailler ensemble, alors qu'ils sont pour l'instant concurrents? «La profession est individualiste, mais on y viendra car économiquement, ce n'est pas simple de s'en sortir avec des camions parfois à moitié vides, considère François Leblond, En Allemagne, beaucoup de société de messagerie mutualisent déjà». Certaines initiatives de ce genre ont déjà été mises en place à Rennes, notamment à la Visitation et Colombia. Elles se font en commun, à un point unique du centre commercial. «Il faut dire qu'en organisant bien ses livraisons, on peut facilement faire 20% d'économies, témoigne Jean-Marc Gillouard, élu en charge du commerce à la CCI de Rennes, représentant du Carré Rennais et ancien commerçant. Si les commerçants arrivaient à mieux se connaître et travailler ensemble, par secteur géographique, on pourrait trouver un modèle économique intéressant. Mais la démarche est encore nouvelle».
Enquête Le centre-ville de Rennes est parfois en proie à des soucis de circulation à cause des camions de livraison. La ville souhaiterait trouver des solutions pour réduire les nuisances. Une étude vient d'être lancée auprès des commerçants.